La police allemande : de la République de Weimar à la dictature nazie

Dans toutes les sociétés, le maintien de l'ordre public et l'application de la loi comptent parmi les tâches les plus importantes de la police. Or, leur mise en œuvre peut s'avérer particulièrement problématique lors d'un changement majeur de l'organisation politique de la société.

Les nazis accédèrent au pouvoir en Allemagne, le 30 janvier 1933 et établirent une dictature mettant fin à l'expérience démocratique allemande, celle de la République de Weimer, qui n'avait duré que 12 ans. La police, qui avait été chargée de défendre la République de Weimar, s'adapta relativement facilement au régime nazi. Il n'y eut ni purge ni démission massives de policiers.

En 1933, la plupart des policiers n'étaient pas nazis, même s'ils étaient dans leur grande majorité conservateurs. Ils se considéraient comme des professionnels neutres et des serviteurs impartiaux de la loi. Ils étaient censés remplir leur tâche indépendamment de leurs opinions politiques personnelles. Néanmoins, les policiers se révélèrent prêts à soutenir le gouvernement nazi qui détruisait la démocratie. La police en particulier, et les conservateurs en général, apportèrent leur appui aux nazis en 1933. Les conservateurs en vinrent à considérer la dictature nazie comme une solution non seulement à la faiblesse de la République de Weimar mais à toute une série de difficultés professionnelles spécifiques à la police.

Les plus grandes faiblesses de la République de Weimar tenaient à ses origines. La défaite de la Première Guerre mondiale avait sérieusement affaibli la monarchie et conduit à la proclamation de la République de Weimar en 1918. En dépit de la responsabilité de la monarchie dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, de nombreux Allemands tinrent les partis démocratiques pour responsables de la défaite et de l'humiliant traité de paix qui suivit. Les policiers se montrèrent particulièrement sceptiques envers les partis démocratiques (sociaux-démocrates, centristes, libéraux) car ils avaient été formés sous la monarchie à les considérer comme des ennemis de l'Etat. Dans la république de Weimar, ces partis dominaient. Les policiers continuèrent à servir l'État notamment parce qu'ils se considéraient comme des professionnels tenus d'appliquer la loi, indépendamment de leurs sentiments personnels, même si la plupart d'entre eux n'étaient pas des démocrates convaincus.

Les bouleversements économiques liés à la Première Guerre mondiale ainsi que la déstabilisation de l'économie provoquée par les réparations firent que les gouvernements de la République de Weimar étaient toujours à court d'argent. Des coupes sombres touchèrent la police avec des conséquences sur le recrutement, la formation, l'avancement et les augmentations de salaire. Il n'y avait pas d'argent non plus pour la modernisation, l'achat de nouveau matériel de laboratoire ou d'armes à feu. D'autre part il fallait intégrer des policiers venus des territoires perdus par l'Allemagne à la suite de la défaite. Il fallait leur trouver un emploi alors même que les dépenses de fonctionnement étaient réduites au maximum. L'absence d'avancement professionnel qui en résultait démoralisa les élèves policiers et les jeunes recrues.

Parallèlement aux coupes budgétaires touchant les forces de police, la crise économique contribua à un accroissement rapide des actes criminels. Le crime organisé, actif dans la prostitution, la drogue, le jeu, la pornographie, le vol et les cambriolages, se développait. Bien organisés, les gangs fonctionnaient souvent à cheval sur plusieurs régions, compliquant les enquêtes policières. Sous la République de Weimar, il n'existait pas de police nationale. Chaque État de la fédération allemande possédait sa propre police et suivait une politique distincte de maintien de l'ordre. Le manque de coordination des forces freinait les enquêtes criminelles qui s'étendaient sur plusieurs Etats. La police de la République de Weimar n'était pas de taille face à ces gangs.

De même que les crimes de droit commun se multipliaient, les crimes politiques atteignirent des sommets encore inégalés en cette période de constante instabilité politique. Des milliers de vétérans armés et d'unités paramilitaires émanant de partis politiques de droite comme de gauche, s'affrontaient dans des batailles rangées et attaquaient l'Etat. Certaines de ces forces paramilitaires possédaient des armes lourdes et, soutenues par de nombreux partisans, l'emportaient parfois sur la police. Le crime rampant et les troubles politiques amenèrent les forces de police à un point de rupture.

Malgré leur professionnalisme, les policiers avaient des difficultés à s'adapter au nouvel ordre démocratique de Weimar. Ils étaient frustrés par les restrictions pesant sur leur autorité. Certaines affaires criminelles n'aboutirent pas car la police n'avait pas réussi à garantir les droits des accusés ou parce que des éléments de preuve avaient été refusés en raison d'erreurs dans les procédures policières. L'émergence d'une presse libre, très critique des activités de police, exacerba ces frustrations. Les policiers développèrent alors une mentalité d'assiégés. Ils étaient irrités du fait que le public les blâmait alors que les limites constitutionnelles et le manque de crédits les empêchaient d'agir.

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