A group of Macedonian Jewish youth, members of a band, pose with their instruments on a makeshift stage in Bitola. [LCID: 97823]

Yougoslavie

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Formée en 1918, l'union yougoslave comprenait la Slovénie (les anciennes provinces autrichiennes de Carniola et Krain) au nord-ouest, la Croatie (autrefois terres de la couronne hongroise), la Serbie (avec la Voïvodine qui avait aussi été hongroise et qui couvrait la Backa, la Baranja et le Banat serbe), les anciennes provinces turques de Bosnie-Herzégovine et de Macédoine, le royaume du Monténégro et ses montagnes, autrefois indépendant, et les anciennes provinces turques du Kosovo et de Metohija à la frontière albanaise. La Dalmatie, sur la côte Adriatique, fut divisée entre la Slovénie et la Croatie.

La région est au carrefour historique de multiples courants : catholicisme et orthodoxie orientale, monde chrétien moderne et musulman. Elle connut les migrations des peuples slaves du Sud, de la colonisation allemande, et des conquêtes magyare (hongroise) et turque. Dans l'entre-deux-guerres, la population de l'union yougoslave présentait alors une diversité inégalée en Europe.

De la conquête turque des Balkans aux 14e et 15e siècles jusqu'à la fin du 19e siècle, la plupart de ces terres étaient sous domination turque ottomane. Seule la Slovénie, ancienne région de l'empire autrichien, et le royaume du Monténégro qui avaient su résister, y avait échappé. En 1526, la Croatie (une partie de la Hongrie depuis le 11e siècle) avait été absorbée par l'empire des Habsbourg quand ils montèrent sur le trône en 1526. Les deux furent temporairement conquis par les Turcs et libérés au 18e siècle, pour ensuite rattacher la Dalmatie et la Voïvodine.

Après la bataille de Kosovo et la défaite du royaume serbe orthodoxe, la Turquie ottomane régna sur la Serbie et la Bosnie-Herzégovine jusqu'en 1878. Cette même année, l'Autriche-Hongrie occupa la Bosnie-Herzégovine, puis l'annexa en 1908. La Macédoine et le Kosovo-Metohija restèrent sous domination ottomane jusqu'à leur annexion par la Serbie après la première guerre des Balkans en 1912-1913. C'est le conflit entre ces pays qui déclencha la Première Guerre mondiale. Quand l'empire des Habsbourg périclita en 1918, l'armée serbe occupa la majeure partie de ce qui allait devenir la Yougoslavie. Craignant les ambitions territoriales hongroise et italienne, les dirigeants croates, slovènes et bosniaques mirent en place l'union des Slaves du Sud, avec à sa tête le monarque serbe Alexandre Karageorgévitch, sans toutefois développer de consensus supra-ethnique sur le fonctionnement de la nouvelle entité.

Peuplée principalement de Slovènes catholiques (Slaves du Sud), la Slovénie comprenait des minorités allemandes — elles-mêmes divisées entre catholiques et luthériens — et italiennes. En Croatie, les groupes ethniques les plus nombreux étaient les Slaves du Sud, notamment les Croates catholiques, qui vivaient aux côtés d'une minorité serbe orthodoxe économiquement et culturellement hétérogène, ainsi que des minorités allemande et italienne essentiellement catholiques. La Voïvodine se composait d'une population multiple sans groupe ethnique prédominant : orthodoxes serbes, Allemands (catholiques surtout, mais aussi luthériens) et Hongrois (catholiques, luthériens et calvinistes). Y cohabitaient également d'autres groupes ethniques moins nombreux : Roumains (orthodoxes pour la plupart), Ukrainiens (orthodoxes et uniates), ainsi que Tchèques, Slovaques et Croates (le plus souvent catholiques). En Bosnie-Herzégovine, le groupe ethnique le plus nombreux et le plus influent se faisait appeler « Bosniaques ». Ce peuple slave du sud se distinguait à peine des Croates et des Serbes du point de vue linguistique et ethnique, mais il adhérait à la foi musulmane, leurs ancêtres s'étant convertis lors de la conquête turque. Cependant, de fortes minorités catholiques vivaient dans la région : croate en Herzégovine, et orthodoxe serbe en Bosnie. En Macédoine, les Macédoniens étaient un peuple slave du sud, essentiellement orthodoxe et dont la langue se rapprochait du bulgare. D'importantes minorités serbe, grecque et albanaise, ainsi que quelques Roumains, Bulgares et Vlachs (un peuple montagnard dont la langue ressemblait au roumain) cohabitaient dans la région.

En Serbie, l'immense majorité se composait de Serbes, principalement orthodoxes. Ayant connu l'indépendance, et doté d'une forte tradition militaire, le pays inonda le gouvernement fédéral de ses propres fonctionnaires et officiers de l'armée, parfois au grand désarroi des autres peuples yougoslaves. Les Monténégrins, proches des Serbes d'un point de vue linguistique, religieux et culturel, et aussi fier de leur histoire militaire, se voyaient comme les Serbes « purs ». Ils cohabitaient avec des minorités albanaises et italiennes, présentes sur leur étroit littoral. Et enfin, le Kosovo-Metohija se composait d'une majorité albanaise musulmane, à laquelle se joignaient des Albanais catholiques, des Serbes et Macédoniens orthodoxes, et des Grecs orthodoxes.

Une population juive d'environ 78 000 personnes était dispersée dans l'union yougoslave. Parmi eux se trouvaient 4000 Juifs étrangers ou apatrides venus d'Allemagne, d'Autriche et des territoires tchèques qui fuyaient le grand Reich et espéraient rejoindre la Palestine. Si la plupart d'entre eux vivaient dans les grandes villes, notamment Belgrade (Serbie), Zagreb (Croatie), Skopje (Macédoine), Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), Dubrovnik et Split (côte dalmate), on trouvait de nombreuses communautés sur l'ensemble du territoire.

On estime que 80 000 Tsiganes habitaient l'union yougoslave, comme la population juive mais plus souvent en zones rurales. En Croatie et en Bosnie-Herzégovine, ils étaient peut-être 25 000.

Enfin, il existait également une minorité turque, présente surtout dans les régions urbaines de Serbie, de Macédoine et de Bosnie-Herzégovine, ainsi que dans le district de Novi Pazar, en Serbie.

Tout au long de son existence pendant l'entre-deux-guerres, l'union yougoslave ne connut qu'instabilité. La région était déchirée par les tensions ethniques et religieuses, menacée par les activités terroristes italiennes, hongroises et bulgares à ses frontières. Les différences fondamentales entre les dirigeants serbes et croates quant à sa structure même ne pouvaient aboutir qu'à une impasse. Après d'innombrables tentatives de négociations et plusieurs assassinats politiques (dont un au parlement), le roi Alexandre perdit patience. Soutenu par l'armée yougoslave et l'administration, toutes deux dominées par les Serbes, il mit en place une dictature centralisée en 1929. Il n'avait cependant pas moins l'intention de restaurer une forme de régime parlementaire et une certaine autonomie ethnique. Pendant la décennie qui suivit, il fallut repousser les terroristes bulgares de l'IMRO (Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne) et les insurgés croates séparatistes de l'Ustasa (les oustachis) dirigés par Ante Pavelic. Ses deux mouvements étaient financés, soutenus et protégés par l'Italie, la Hongrie et la Bulgarie. Le gouvernement fédéral tenta néanmoins de trouver un compromis avec les dirigeants croates pour une autonomie de leur pays.

En 1934, les terroristes de l'IMRO, munis d'armes oustachies en provenance de Hongrie achetées par le régime fasciste italien, assassinèrent le roi Alexandre à Marseille, où il commençait une visite d'État. Pierre, son fils et héritier, étant mineur (il aurait 18 ans en 1941), son frère, le prince Paul Karageorgévitch, fut nommé régent. Sous son règne, en septembre 1939, les dirigeants serbes et croates purent ébaucher un accord sur l'autonomie croate. Connu sous le nom de sporazum, cet accord ne répondait aux attentes des radicaux dans aucun des deux camps. Il contrariait également les Bosniaques et les Slovènes parce qu'il favorisait les revendications croates à l'autonomie, et ne prenait pas en compte les leurs. Les tensions ethniques et politiques s'intensifièrent jusqu'à l'invasion violente et meurtrière de la Yougoslavie par les puissances de l'Axe le 6 avril 1941.

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