<p>Cette carte accompagnait un rapport allemand secret et non daté sur l'extermination massive des Juifs par l'Einsatzgruppen A (unité mobile d'extermination A). Pendant les procès devant le Tribunal militaire international, la carte fut produite comme preuve par les procureurs américains et britanniques. Le document, intitulé « Exécutions juives réalisées par l'Einsatzgruppen A » et estampillé « Affaire secrète du Reich », montre le nombre de Juifs exécutés (symbolisés par des cercueils) dans les États baltes et en Biélorussie, fin 1941. La légende, en bas, indique que « le nombre estimé de Juifs restants [était] de 128 000 ».</p>

Documenter le nombre de victimes de l'Holocauste et des persécutions nazies

L'Holocauste est le cas de génocide le mieux documenté. Malgré cela, calculer le nombre d'individus tués en conséquence des politiques nazies est une tâche impossible. Il n'existe pas de document unique qui détaille le nombre de gens assassinés. Et dans certains cas, contrairement aux idées reçues, il n'existait pas non plus de registre officiel.

Points de repère

  • 1

    Vers la fin de la guerre, les Nazis et leurs collaborateurs ont tenté de détruire une bonne partie de leurs documents et d'autres preuves physiques.

  • 2

    Pour estimer avec précision l'étendue des pertes humaines, des chercheurs, des agences gouvernementales et des organisations juives se sont appuyés sur une variété de documents depuis les années 1940, comme des recensements, des archives allemandes ou de l'Axe saisies, ou des enquêtes d'après-guerre.

  • 3

    Les estimations actuelles sont susceptibles de changer au fur et à mesure que d'autres documents font surface ou que les recherches parviennent à une compréhension plus approfondie de ces événements.

Introduction

L'Holocauste se caractérisa par la persécution et le meurtre d'État systématique et bureaucratique de six millions d'hommes, de femmes et d'enfants juifs par le régime nazi et ses collaborateurs. Arrivés au pouvoir en Allemagne en janvier 1933, les Nazis croyaient en une « supériorité raciale » allemande et voulaient un État « racialement pur ». Les Juifs, considérés comme « inférieurs », représentaient une menace étrangère pour la supposée communauté raciale du pays.

Pendant cette période, les autorités ciblèrent et assassinèrent aussi d'autres groupes, pouvant comprendre des enfants, en raison d'une prétendue infériorité raciale et biologique : les Tsiganes, les handicapés, et certains peuples slaves (notamment les Polonais et les Russes). D'autres communautés étaient persécutées pour des motifs politiques, idéologiques et comportementaux, comme les communistes, les socialistes, les témoins de Jéhovah et les homosexuels.

Parce que les Nazis prônaient l'élimination physique des enfants des « indésirables », les jeunes, juifs et tsiganes entre autres, étaient particulièrement vulnérables.

Calculer le nombre d'individus tués en conséquence des politiques nazies est une tâche difficile. Il n'existe pas de document unique qui détaille le nombre de gens assassinés au cours de l'Holocauste ou de la Seconde Guerre mondiale.

Pour estimer de manière précise l'étendue des pertes humaines, des chercheurs, des organisations juives et des agences gouvernementales se sont appuyés sur une variété de documents depuis les années 1940 (recensements, archives allemandes ou de l'Axe saisies, enquêtes d'après-guerre…) pour compiler ces statistiques. Au fur et à mesure que d'autres documents font surface, ou que les recherches parviennent à une compréhension plus approfondie de l'Holocauste, ces estimations sont susceptibles de changer.

Le point le plus important qu'il faut garder à l'esprit lorsque l'on compile le nombre de victimes de l'Holocauste est que nulle part au monde il existe une unique liste maître de ceux qui ont péri.

Le tableau qui suit présente les meilleures estimations actuelles de civils et soldats capturés tués par le régime nazi et ses collaborateurs.

Elles ont été calculées à partir de rapports de guerre rédigés par ceux qui mettaient en place les politiques nazies liées aux populations, et d'études démographiques d'après-guerre sur les pertes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le nombre de morts

Groupe Nombre de morts
Juifs 6 millions
Civils soviétiques environ 7 millions (dont 1,3 million de civils juifs soviétiques, inclus dans le chiffre de 6 millions de Juifs)
Prisonniers de guerre soviétiques environ 3 millions (dont environ 50 000 soldats juifs)
Civils polonais non-juifs environ 1,8 million (dont entre 50 000 et 100 000 membres de l'élite polonaise)
Civils serbes (sur le territoire de Croatie, Bosnie et Herzégovine) 312 000
Personnes handicapées vivant en institution jusqu'à 250 000
Tsiganes jusqu'à 250 000
Témoins de Jéhovah environ 1900
Délinquants criminels récidivistes et personnes prétendument asociales au moins 70 000
Opposants politiques allemands et activistes résistants sur le territoire occupé par les pays de l'Axe indéterminé
Homosexuels des centaines, peut-être des milliers (ils peuvent aussi figurer dans les 70 000 délinquants criminels et asociaux ci-dessus)

Pertes juives par lieu de décès

En ce qui concerne le nombre de Juifs décédés au cours de l'Holocauste, voici les estimations les plus fiables pour une répartition par lieu :

Lieu du décès Pertes juives
Complexe d'Auschwitz (ce qui inclut Birkenau, Monowitz et les sous-camps) environ 1 million
Treblinka 2 environ 925000
Belzec 434508
Sobibor  au moins 167000
Chelmno 156000–172000
Opérations d'exécution dans divers lieux de la Pologne centrale et méridionale occupée par l'Allemagne (le Gouvernement général) au moins 200000
Opérations d'exécution dans la Pologne occidentale annexée par l'Allemagne (Reichsgau Wartheland) au moins 20000
Décès dans des locaux que les Allemands désignaient comme des camps de concentration au moins 150000
Opérations d'exécution et camions à gaz dans des centaines d'endroits de l'Union soviétique occupée par l'Allemagne au moins 1,3 million
Opérations d'exécution en Union soviétique (Juifs allemands, autrichiens, tchèques déportés en Union soviétique) environ 55000
Opérations d'exécution et camions à gaz en Serbie au moins 15088
Exécutions ou torture à mort en Croatie sous le régime oustachi 23000–25000
Morts dans les ghettos au moins 800000
Autre1 au moins 500000

Notes sur la documentation

Pas de document unique datant du temps de la guerre

Il n'existe pas un document unique recensant les estimations de décès de personnes juives citées ci-dessus.

Il existe trois raisons évidentes et corrélées expliquant l'absence d'un document unique :

  1. La compilation de statistiques exhaustives de Juifs tués par les Allemands et les autorités des pays de l'Axe a commencé en 1942 et 1943. Elles étaient moins systématiques pendant les derniers 18 mois de la guerre.
  2. À partir de 1943, quand on a compris petit à petit que l'Axe allait perdre la guerre, les Allemands et leurs partenaires ont détruit une grande partie de leur documentation, ainsi que les preuves physiques des meurtres de masse.
  3. Il n'y avait pas de personnel disponible ou disposé à compter les décès juifs jusqu'à la toute fin de la guerre et du régime nazi. Les estimations finales n'ont donc été calculées qu'après la fin du conflit et se basent sur les données relatives aux pertes démographiques ainsi que sur la documentation des auteurs des crimes. Bien que fragmentaires, ces sources offrent des chiffres essentiels qui permettent d'effectuer plus de calculs.

Une seule étude statistique, commanditée par le chef SS Heinrich Himmler, a néanmoins survécu à la guerre. Une copie figure parmi les documents saisis par l'armée américaine en 1945. De semblables compilations de ces horribles données ont été effectuées au niveau régional et retrouvées par les forces américaines, britanniques et soviétiques après la guerre. Les trois pays en ont d'ailleurs utilisé une grande partie comme preuve dans le cadre des poursuites pénales et civiles contre les nazis.

Chiffres concernant les civils polonais et soviétiques

En ce qui concerne les civils polonais et soviétiques, il n'existe à ce jour aucun outil démographique suffisant pour permettre aux historiens de différencier :

  1. les individus ciblés pour raisons raciales
  2. les personnes actives ou considérées comme actives dans la résistance clandestine
  3. les personnes tuées en représailles pour des activités de résistance, réelles ou présumées, commises par des tiers
  4. les pertes dues aux prétendus dommages collatéraux lors d'opérations militaires

Pratiquement tous les décès de civils soviétiques, polonais et serbes au cours d'opérations militaires et anti-partisans avaient néanmoins une composante raciste. Elles étaient conduites par des unités allemandes avec un mépris délibéré pour la vie de civils motivé par l'idéologie.

Conclusion 

Compter les victimes est important pour la recherche et pour comprendre l'envergure des crimes. Celle-ci est claire. Et derrière chacun des chiffres, il y a une personne dont les espoirs et les rêves ont été détruits. Les efforts entrepris pour nommer les victimes sont capitaux pour restaurer l'individualité et la dignité que les meurtriers ont voulu annihiler.

Note (1) 

« Autres » comprend, par exemple, des personnes tuées : lors d'exécutions en Pologne en 1939-1940 ; des partisans en Yougoslavie, Grèce, Italie, France ou Belgique ; dans des bataillons de travail en Hongrie ; au cours d'actions antisémites en Allemagne et en Autriche avant la guerre ; par la Garde de fer en Roumanie (1940-1941) ; et lors d'évacuations forcées depuis les camps de concentration et les camps de travail au cours des six derniers mois de la guerre. On peut y ajouter la population cachée et découverte en Pologne, Serbie et dans toute l'Europe occupée par l'Allemagne.

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