<p>Déportation de Juives du ghetto de Varsovie. Pologne, 1942-1943.</p>

Victimes de l'époque nazie : l'idéologie raciale nazie

L'HOLOCAUSTE

L'Holocauste est un événement fondamental pour notre compréhension de la civilisation occidentale, de l'État-nation, de la société bureaucratique moderne ainsi que de la nature humaine. Il fait référence au meurtre de masse prémédité de millions de civils innocents. Poussés par une idéologie raciste qui considérait les Juifs comme des « vermines parasites » qui ne pouvaient qu'être éradiquées, les nazis organisèrent un génocide à une échelle sans précédent. Ils condamnèrent tous les Juifs d'Europe à la mort : les malades et les bien-portants, les riches et les pauvres, les orthodoxes et les convertis au christianisme, les personnes âgées et les jeunes, et même les nourrissons.

Environ deux Juifs sur trois vivant en Europe avant la guerre furent tués pendant l'Holocauste. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1945, six millions de Juifs européens avaient disparu, dont plus d'un million d'enfants. Cependant, ces statistiques peuvent prêter à confusion, car la plupart de ceux qui ont survécu vivaient dans des régions d'Europe non occupées par l'Allemagne pendant la guerre : l'est de l'Union soviétique, la Grande-Bretagne, la Bulgarie et les États neutres tels que l'Espagne, le Portugal, la Suisse et la Suède. Des dizaines de milliers de Juifs ont également survécu dans l'Europe occupée par les Allemands parce qu'ils étaient cachés, ou prisonniers dans des camps de concentration jusqu'à la libération. Les Allemands et leurs collaborateurs n'ont eu de cesse de chasser et de tuer les Juifs dans les zones d'Europe qu'ils contrôlaient.

Bien des choses ont été écrites sur ce qui s'est passé pendant la période de l'Holocauste pour savoir où, quand et comment les nazis ont mis à exécution leur projet meurtrier. Cependant, pour comprendre leurs motivations, il faut tout d'abord examiner et saisir les fondements théoriques qui les conduisirent en premier lieu à élaborer de tels plans. Analyser la doctrine de l'idéologie raciale nazie permet d'expliquer en partie cette implacable détermination à éliminer physiquement tous les Juifs d'Europe.

L'IDÉOLOGIE RACIALE NAZIE

C'est Adolf Hitler, le Führer (dirigeant) du parti nazi, qui formula et exprima les idées connues sous le nom d'idéologie nazie. Il se considérait comme un penseur profond, convaincu d'avoir trouvé la clé pour comprendre un monde extraordinairement complexe. Les caractéristiques, attitudes, compétences et comportements étaient, selon lui, déterminés par les origines raciales de chacun ; tous groupes, races ou peuples (il utilisait ces mots de façon interchangeable) portaient en eux des traits qui se transmettaient immuablement d'une génération à l'autre. Personne ne pouvait échapper aux qualités intrinsèques de la race. Toute l'histoire de l'humanité pouvait s'expliquer par la lutte raciale.

En formulant leur idéologie raciale, Hitler et les nazis s'inspiraient des doctrines du darwinisme social allemand de la fin du XIXe siècle. Ils pensaient, comme les partisans du darwinisme social avant eux, que les êtres humains pouvaient être classés collectivement en tant que « races », chacune de celles-ci possédant des caractéristiques distinctives transmises génétiquement depuis l'apparition des premiers hommes à l'époque préhistorique. Cette transmission concernait non seulement l'apparence ou la structure physique, mais façonnait également la vie intérieure, la manière de penser, les capacités créatives et d'organisation, l'intelligence, le goût et l'appréciation de la culture, la force physique et les prouesses militaires.

Les nazis adoptèrent également la position du darwinisme social sur l'évolution et la « survie du plus apte ». La survie d'une race dépendait alors de sa capacité à se reproduire et à se multiplier, de l'accumulation de terres pour accueillir et nourrir cette population croissante, et de l'attention portée à conserver la pureté de son patrimoine génétique, préservant ainsi les caractéristiques « raciales » uniques que la « nature » lui avait offertes afin de lutter pour sa survie. Étant donné que toutes les « races » souhaitaient se développer, et que la place sur terre était limitée, cette lutte se traduisait « naturellement » par de violentes conquêtes et des confrontations militaires. Par conséquent, la guerre (voire la guerre constante) faisait partie de la nature ainsi que de la condition humaine.

Pour définir la notion de race, le darwinisme social associait des stéréotypes, à la fois positifs et négatifs, à l'apparence, au comportement et à la culture de groupes ethniques. Ceux-ci étaient prétendument immuables et enracinés dans l'hérédité biologique. Le temps ne pouvait pas les changer, et ni l'environnement, ni le développement intellectuel, ni la socialisation n'exerçaient d'influence sur eux. Pour les nazis, l'assimilation d'un membre d'une certaine race à une autre culture ou groupe ethnique était impossible, car les traits génétiques d'origine ne pouvaient être modifiés : ils ne pouvaient que dégénérer par un supposé « mélange racial ».

LES GROUPES CONCERNÉS

Les nazis définissaient les Juifs en tant que « race ». Pour eux, la religion juive n'avait pas de raison d'être ; ils expliquaient tout un éventail de stéréotypes négatifs sur les Juifs et le comportement « juif » par un patrimoine biologique inchangé qui avait poussé la « race juive » (et d'autres races) à lutter pour leur survie en se développant aux dépens des autres.

Tout en mettant le peuple juif au rang de principal « ennemi », le concept idéologique nazi de race visait d'autres groupes dans le processus de persécutions, d'incarcérations et d'annihilation — les gitans, les handicapés, les Polonais, les prisonniers de guerre soviétiques et les Afro-Allemands. Étaient également identifiés comme des ennemis et des menaces pour la sécurité les dissidents politiques, les Témoins de Jéhovah, les homosexuels et les « marginaux », soit parce qu'ils s'opposaient consciemment au régime, soit parce que certains aspects de leur comportement ne correspondaient pas à la perception nazie des normes sociales. Tous non-conformistes et toutes soi-disant menaces raciales dans le pays devaient alors être éliminés grâce à une purge continue de la société allemande.

Quant aux races supérieures, elles avaient non seulement le droit, mais également l'obligation d'assujettir, voire d'exterminer, les peuples inférieurs. Pour les nazis, cette lutte des races était en accord avec la loi de la nature. Ils adoptèrent une vision stratégique de la race allemande dominante contrôlant des peuples soumis, notamment les Slaves et ceux qu'ils appelaient les Asiatiques (c'est-à-dire les peuples vivant en Asie centrale soviétique et les populations musulmanes de la région du Caucase), qu'ils jugeaient inférieurs par nature. À des fins de propagande, les nazis présentaient fréquemment cette vision stratégique comme une croisade pour sauver la civilisation occidentale de ces barbares « orientaux » ou « asiatiques » et de leurs dirigeants et organisateurs juifs.

LA RACE DÉFINIE PAR LE GROUPE

Pour Hitler et les autres dirigeants du parti nazi, la valeur finale d'un être humain ne résidait pas dans son individualité, mais dans son appartenance à un groupe défini sur des bases raciales. L'objectif final d'un groupe racial était d'assurer sa propre survie. La plupart des gens s'accordent sur le fait que les humains possèdent un instinct de survie individuel mais, selon Hitler, il existait un instinct de survie collectif fondé sur l'appartenance à un groupe, un peuple ou une race (ces mots étant utilisés de façon interchangeable). Pour les nazis, cet instinct collectif impliquait nécessairement la conservation de la pureté de la « race » et les combats territoriaux contre leurs ennemis « raciaux ».

Selon Hitler et d'autres, il était important de conserver cette pureté de la race. Avec le temps, le mélange avec d'autres races ne pouvait en effet que mener à la dégradation et à la dégénérescence d'une race au point d'en perdre ses caractéristiques propres et sa capacité à se défendre efficacement, se voyant alors condamnée à l'extinction. Hitler insistait sur l'importance du territoire, nécessaire pour accueillir la population croissante d'une race. Selon lui, sans de nouveaux territoires pour héberger sa population en forte expansion, une race était condamnée à stagner puis disparaître.

De plus, les nazis partaient du postulat qu'il existe une hiérarchie qualitative des races, où celles-ci n'étaient pas égales. Hitler était convaincu que les Allemands faisaient partie d'un groupe racial supérieur qu'il appelait les « Aryens ». La race « aryenne » allemande était supérieure à toutes les autres et cette supériorité biologique destinait les Allemands à gouverner un vaste empire dans toute l'Europe de l'Est.

LA RACE « ARYENNE »

Hitler appelait cependant à se méfier, car la race « aryenne » allemande était menacée de dissolution, de l'intérieur comme de l'extérieur. La menace intérieure résidait dans les mariages mixtes entre les Allemands « aryens » et les membres de races fondamentalement inférieures, tels que les Juifs, les gitans, les Africains et les Slaves. La descendance de ces mariages altérerait les caractéristiques supérieures du sang allemand et affaiblirait ainsi la race dans sa lutte de survie contre les autres races.

Par ailleurs, l'État allemand de l'entre-deux-guerres avait davantage affaibli la race « aryenne » allemande en tolérant la procréation avec des personnes que les nazis considéraient comme génétiquement inférieures et ayant une influence néfaste sur la pureté de toute la race : les handicapés physiques ou mentaux, les criminels de carrières et autres récidivistes, ainsi que les personnes qui se livraient de façon compulsive à des comportements que les nazis jugeaient « déviants », comme les sans-abri, les femmes aux mœurs prétendument légères, les personnes changeant constamment de travail ou encore les alcooliques.

La race « aryenne » allemande était également menacée de dissolution de l'extérieur car, selon Hitler, la République de Weimar était en train de perdre la guerre territoriale et démographique contre les races « inférieures » slaves et asiatiques. Dans cette guerre, la « race juive » avait perfectionné son instrument socialiste traditionnel — le communisme soviétique — pour mobiliser le peuple slave, qui en aurait été incapable seul, et faire croire aux Allemands que le dispositif artificiel de conflit de classe l'emportait sur l'instinct naturel de la lutte raciale. Selon Hitler, le manque de surface habitable réduisait le taux de natalité chez les Allemands à un niveau dangereusement bas. Pour aggraver les choses, l'Allemagne avait perdu la Première Guerre mondiale et avait été forcée par le traité de Versailles de céder des milliers de kilomètres carrés de précieux territoires à ses voisins.

Hitler affirmait que si l'Allemagne souhaitait survivre, il fallait qu'elle rompe l'encerclement ennemi du pays et qu'elle colonise les vastes territoires slaves à l'est. La conquête de l'est fournirait à l'Allemagne l'espace dont elle avait besoin pour étendre considérablement sa population : des terres dotées des ressources nécessaires pour nourrir ses habitants ainsi que des moyens pour accomplir sa destinée biologique de race supérieure jouissant du statut approprié de puissance mondiale.

L'ÉLIMINATION DES ENNEMIS RACIAUX

Hitler et le parti nazi définissaient leurs ennemis raciaux de façon claire et sans équivoque : le peuple juif restait l'ennemi principal, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Allemagne. Leur patrimoine génétique prétendument racial et inférieur était à l'origine des systèmes d'exploitation capitalistes et communistes. Dans leur quête d'expansion, les Juifs avaient promu et utilisé ces systèmes de gouvernement et d'organisation étatique, notamment les constitutions, les proclamations de l'égalité des droits et la paix internationale, pour ébranler la conscience raciale des races supérieures — telles que la race allemande — et permettre la dilution du sang supérieur par l'assimilation et les mariages mixtes.

Les Juifs utilisaient les outils qu'ils contrôlaient ou qu'ils pouvaient manipuler, comme les médias, la démocratie parlementaire (en mettant l'accent sur les droits individuels) et les organisations internationales dédiées à la réconciliation pacifique des conflits nationaux, pour faire avancer leur expansion biologique dans le but de devenir une puissance mondiale. Selon Hitler, si l'Allemagne n'agissait par fermement contre les Juifs, à l'intérieur du pays comme à l'étranger, les hordes de Slaves et d'Asiatiques barbares que les Juifs auraient réussi à mobiliser allaient anéantir la race « aryenne » allemande.

Pour Hitler, l'intervention du gouvernement dans le but de séparer les races, d'encourager la reproduction des personnes dotées des « meilleures » caractéristiques, d'empêcher la reproduction de celles dotées de caractéristiques « inférieures » et de préparer les guerres d'expansion avait remis la nation allemande en phase avec son instinct de survie naturel et biologique. Par ailleurs, ce système encourageait une conscience de la race « naturelle » au sein du peuple allemand, conscience que les Juifs cherchaient à réprimer avec la démocratie parlementaire, les accords internationaux de coopération et le conflit entre les classes. En vertu de leur supériorité raciale, les Allemands avaient le droit et le devoir, selon Hitler, de prendre les territoires de l'est aux Juifs et à leurs marionnettes slaves et « asiatiques ». Hitler insistait sur le fait qu'en agissant ainsi, les Allemands ne faisaient que suivre leurs instincts naturels. Pour vaincre et dominer définitivement les Slaves, les chefs allemands se devaient d'anéantir les classes dominantes de la région ainsi que les Juifs, seule « race » capable de rassembler les races inférieures en une doctrine bolchevique-communiste brutale (idéologie biologique propre au peuple juif).

Afin d'éliminer cette doctrine pernicieuse, dangereuse à la survie du peuple allemand, il fallait éliminer le peuple qui en était foncièrement le porte-drapeau. Hitler était convaincu que c'était le cours naturel des choses. En définitive, son programme de guerre et le génocide découlent de ce qu'il voyait comme une équation : il fallait que les « Aryens » allemands s'étendent et dominent ; ce processus nécessitait donc l'élimination de toutes les menaces raciales, et plus particulièrement des Juifs, faute de quoi le peuple allemand risquait lui-même de disparaître.