![Tablecloth with roses embroidered by her mother carried by 17 year old Hannah Kronheim when she left Germany on the Kinderstransport [Children's Transport] in 1939.](https://encyclopedia.ushmm.org/images/large/e30b9048-1191-4b70-a837-5026376d2fef.jpg)
Les Kindertransport, 1938–1940
Le Kindertransport (transport d'enfants) est le nom informel donné à une série d'opérations de sauvetage grâce auxquelles des milliers d'enfants réfugiés, juifs pour la plupart, sont transférés de l'Allemagne nazie vers la Grande-Bretagne entre 1938 et 1940.
Points de repère
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1
Au lendemain des violences antisémites coordonnées par le régime nazi en Allemagne en novembre 1938, le gouvernement britannique autorise les mineurs non accompagnés de moins de 17 ans vivant dans le Reich allemand (territoires récemment annexés compris) à entrer en Grande-Bretagne en tant que réfugiés.
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2
Des associations juives dans le grand Reich germanique arrangent le déplacement vers la Grande-Bretagne. Là-bas, des organismes d’aide à l’enfance en Grande-Bretagne coordonnent l’accueil, l’éducation et l’émigration à venir.
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3
Entre décembre 1938 et mai 1940, environ 10 000 jeunes sont mis en sécurité en Grande-Bretagne grâce au travail des Kindertransport.
Contexte
La nuit du 9 au 10 novembre 1938, les dirigeants allemands nazis déclenchèrent des émeutes antijuives dans tout le pays. L’événement prendra le nom de Kristallnacht (souvent appelé également « La nuit de cristal »). Après ce pogrom, le gouvernement britannique rendit moins contraignantes les restrictions en matière d'immigration pour certaines catégories de réfugiés juifs. Les autorités britanniques acceptèrent de permettre à un nombre indéterminé d'enfants de moins de 17 ans en provenance d'Allemagne et des territoires annexés par l'Allemagne (c'est-à-dire d'Autriche et des territoires tchèques) d’entrer en Grande-Bretagne. Cela ne se fit pas sans la pression de l'opinion publique britannique et des comités d'aide aux réfugiés, et plus particulièrement du British Committee for the Jews of Germany et du Movement for the Care of Children from Germany.
Des citoyens ou des organisations devaient s'engager à subvenir aux besoins et à l'éducation de chaque enfant, ainsi qu'à garantir son départ de Grande-Bretagne à une date ultérieure. En contrepartie, le gouvernement britannique acceptait de permettre à des enfants réfugiés non accompagnés d'entrer dans le pays munis de simples visas de tourisme. Il était entendu à l'époque que lorsque la « crise serait passée », les jeunes retourneraient dans leur famille. Aucun parent ou tuteur n'étaient autorisés à venir avec eux. Les quelques enfants en bas âge inclus dans le programme furent placés, pendant la durée du transport, sous la responsabilité d'autres enfants.
Le transport
Le premier Kindertransport arriva à Harwich, en Grande-Bretagne, le 2 décembre 1938, avec environ 200 enfants à bord. La plupart des déplacements se firent par train au départ de Berlin, de Vienne, de Prague ainsi que d'autres grandes villes d'Europe centrale. Les enfants des petites villes et des villages devaient se rendre dans ces points de rencontre pour rallier les transports.
Des associations juives établies au sein du grand Reich germanique étaient chargées de l’organisation. Il s’agissait notamment de l’Association du Reich pour les Juifs d'Allemagne, et de l'Organisation de la communauté juive de Vienne (Kultusgemeinde) de Vienne. Elles favorisaient en général les enfants dont l'émigration était urgente parce que leurs parents étaient en camp de concentration ou n'étaient plus en mesure de s'occuper d'eux. La priorité était également donnée aux enfants sans domicile et aux orphelins.
Les enfants sélectionnés voyageaient en train jusqu'en Belgique et aux Pays-Bas, d'où ils embarquaient sur un bateau pour Harwich. Au moins un des premiers convois quitta le port de Hambourg en Allemagne, et certains enfants de Tchécoslovaquie (pays démantelé par l’Allemagne entre septembre 1938 et mars 1939) prirent directement l'avion pour la Grande-Bretagne. Le dernier transport en provenance d'Allemagne partit en septembre 1939, juste avant le début de la guerre, et le dernier en provenance des Pays-Bas prit le large le 14 mai 1940, le jour de la reddition des forces armées du pays.
L'arrivée à Harwich
Après leur arrivée à Harwich, les enfants qui étaient parrainés étaient envoyés à Londres pour faire la connaissance de leur famille d'accueil. Les autres étaient hébergés dans une colonie de vacances de Dovercourt Bay ou dans d'autres centres jusqu'à ce que des familles acceptent de les prendre en charge ou que des structures d'accueil en mesure de recevoir des groupes d'enfants soient mises en place.
Nombreux furent les individus et les organisations qui participèrent à ce sauvetage. En Grande-Bretagne, c'est le Movement for the Care of Children from Germany qui en assura la coordination. Des Juifs, des quakers et des chrétiens de nombreuses confessions travaillèrent de concert pour amener les enfants réfugiés. Environ la moitié d’entre eux furent placés dans des familles d'accueil, l'autre moitié séjournant dans des auberges de jeunesse, des écoles ou des fermes sur l'ensemble du territoire britannique.
En tout, les opérations de sauvetage permirent de faire partir en Grande-Bretagne environ 10 000 enfants d'Allemagne, d'Autriche, de Tchécoslovaquie et de Pologne. La vaste majorité d’entre eux étaient juifs.
Ressortissants d’un pays ennemi
Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les réfugiés d’Allemagne qui résidaient en Grande-Bretagne furent de plus en plus considérés comme une menace à la sécurité. On les traitait de « ressortissants d’un pays ennemi », ce qui dans ce contexte signifie des citoyens d’un pays avec qui l’Angleterre était en guerre et qui vivaient sur le sol anglais. Avec d’autre part un chômage en hausse et une montée de l’antisémitisme, ce fait avait un impact direct sur certains des enfants amenés dans le pays en tant que réfugiés. Les adolescents dotés de la citoyenneté allemande étaient particulièrement suspectés d’exercer une influence politique étrangère.
En 1940, les autorités britanniques firent interner, en tant qu'étrangers ennemis, environ 1 000 enfants du Kindertransport sur l'île de Man et dans d'autres camps d'internement au Canada et en Australie. Malgré cette qualification d'étrangers ennemis, certains des jeunes garçons s'enrôlèrent plus tard dans l'armée britannique et combattirent contre l'Allemagne.
Après la guerre
Après la guerre, de nombreux enfants du programme de transport devinrent citoyens britanniques ou émigrèrent en Israël, aux États-Unis, au Canada ou en Australie. La plupart de ces enfants ne revirent jamais leurs parents, exterminés pendant la Shoah.