
La Shoah à Kaunas (Kovno)
L’Allemagne nazie occupe Kovno (aujourd’hui Kaunas), en Lituanie, de juin 1941 à juillet 1944. Avec l’assistance d’une partie de la population locale non juive, les Allemands massacrent des milliers de Juifs dans les semaines qui suivent leur arrivée dans la ville. Ils parquent les survivants dans un ghetto, puis créent un camp de concentration. Petit à petit, ils déportent et exterminent la communauté juive de Kovno. Sur les 30 000 personnes emprisonnées dans le ghetto, environ 2 500 seulement survivent à la guerre.
Points de repère
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1
L’occupation soviétique de la Lituanie (juin 1940 – juin 1941) met brutalement fin à la vie communautaire juive à Kovno (Kaunas). Elle entraîne également une forte recrudescence de l’antisémitisme.
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2
Sous l’occupation allemande, les Juifs de Kovno (Kaunas) sont confinés dans un ghetto. Ils souffrent d’une faim extrême, d’un travail physique éreintant, d’humiliations constantes et de mauvais traitements. À l’automne 1943, les SS transforment le ghetto de Kovno en camp de concentration.
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3
En août 1944, lorsque l’armée soviétique prit le contrôle de la ville, la communauté juive florissante de Kovno a été presque entièrement anéantie.
À Kovno, la Shoah décima une communauté juive vieille de plusieurs siècles, réputée dans toute l’Europe pour son érudition, sa littérature et sa culture.
Entre 1941 et 1944, la communauté juive de Kovno subit des pogroms, des exécutions de masse, l’enfermement dans un ghetto et la vie dans un camp de concentration. Sous le joug de l’Allemagne nazie, les Juifs de Kovno souffrirent d’une faim accablante, de privations, d’isolement et des conséquences éprouvantes du travail forcé. Ils vivaient également sous la menace constante des arrestations, des déportations et des exécutions.
On estime à 30 000 le nombre de personnes emprisonnées dans le ghetto de Kovno en 1941. Parmi elles, environ 2 500 seulement survécurent à la guerre.
Outre l’occupant allemand, bon nombre des auteurs des crimes de la Shoah à Kovno et dans l’ensemble de la Lituanie occupée par l’Allemagne étaient des habitants locaux non juifs. Ils participèrent activement à la persécution et au massacre de la population juive.
Malgré ces circonstances dramatiques, les Juifs du ghetto de Kovno constituèrent un vaste trésor documentaire, tant visuel qu’écrit. Une grande partie de ce matériel avait été enterré, puis récupéré après la guerre. Il inspira d’ailleurs l’une des toutes premières expositions organisées au United States Holocaust Memorial Museum sur « l’histoire secrète du Ghetto de Kovno » (1997‑1999).
La vie juive à Kovno avant la Seconde Guerre mondiale
Des Juifs vivaient dans la région de Kovno, au centre de la Lituanie, depuis au moins le 15e siècle.
De tout temps, les Juifs ont désigné Kovno sous son nom yiddish, Kovne (קאָװנע). La ville est connue sous d’autres appellations : Kaunas en lituanien, tout comme en français, notamment pour parler de la ville aujourd’hui. En anglais, on l’appelle généralement Kovno (nom employé sous l’Empire russe). Sont également utilisés les noms de Kowno (en polonais) et de Kauen (en allemand).
À l’instar de nombreuses villes européennes, Kovno connut une croissance rapide à la fin du 19e siècle, quand la forte population juive des campagnes lituaniennes y émigra. Ils y découvrirent une ville multiethnique et multilingue, où les Juifs vivaient aux côtés des Russes, des Polonais, des Lituaniens et des Allemands. Ils contribuèrent grandement au développement social et économique de la ville, notamment dans les domaines de l’agriculture et des petites entreprises.
La communauté juive de Kovno dans l'entre-deux-guerres
En 1918, peu après l’effondrement de l’Empire russe et la fin de la Première Guerre mondiale, la Lituanie devint un État indépendant, et Kovno sa capitale. Pour les Juifs lituaniens (appelés « Litvaks » en yiddish), la ville était désormais le centre de la vie politique et culturelle.
La population juive de Lituanie dans l’entre-deux-guerres présentait des caractéristiques particulières. De toutes les communautés juives d’Europe à cette époque, c’était l’une des moins acculturées. Cela signifie qu’à la fin des années 1930, la plupart des Juifs n’avaient pas largement adopté la culture lituanienne, même si bon nombre d’entre eux parlaient le lituanien. Pour la grande majorité des Juifs de Kovno, le yiddish était la langue maternelle, utilisée dans la vie de tous les jours. D’ailleurs, les années 1920 et 1930 connurent plusieurs journaux quotidiens et autres parutions périodiques en yiddish. De nombreux Juifs de Kovno maîtrisaient également très bien l’hébreu.
Pour autant, la communauté juive n’était pas isolée du reste de la société lituanienne et exerçait ses activités dans des secteurs clés de l’économie de la ville, au service tant des Juifs que des non-Juifs. Il s’agissait notamment des métiers de cordonnier, de menuisier et de tailleur, ou bien dans les affaires, la médecine et le droit.
La communauté juive de Kovno se caractérisait également par sa diversité culturelle, religieuse et politique. Par exemple, de nombreux Juifs de tous horizons politiques se rallièrent au sionisme, un mouvement qui prônait la langue et la culture hébraïques, tandis qu’un petit groupe de Juifs laïques adhérait plutôt à l’idéologie communiste.
Même avec l’émergence de nouvelles tendances politiques et culturelles, Kovno restait un haut lieu de l’enseignement juif et de la pratique religieuse. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, on comptait environ 40 synagogues et batei midrash (établissements consacrés à l’étude de la Torah) à Kovno. La ville abritait également l’une des yeshivas les plus prestigieuses d’Europe (séminaires destinés à former les hommes à l’étude des textes religieux juifs).
Nuages menaçants à l’horizon : les Juifs dans la Lituanie indépendante
Les relations entre la communauté juive et l’État lituanien étaient complexes.
La communauté juive avait soutenu la lutte pour l’indépendance de la Lituanie à la fin de la Première Guerre mondiale. Certains Juifs, notamment de jeunes hommes de Kovno, avaient servi dans l’armée lituanienne. Pendant plusieurs années après la Première Guerre mondiale, l’État lituanien avait autorisé les Juifs à participer à la vie politique locale et nationale. Il avait également accordé des subventions aux écoles juives et reconnu l’hébreu et le yiddish comme langues minoritaires.
L’autoritarisme gagna du terrain en Lituanie dans les années 1920 et 1930, période à laquelle la position sociale des Juifs se détériora. À l’instar d’autres minorités, ils furent largement exclus de la fonction publique et du gouvernement, puis écartés du secteur économique et des universités. L’antisémitisme se manifesta de plus en plus sur la scène publique. Il n’existait toutefois pas, à cette époque, de politique officielle d’antisémitisme en Lituanie. Dans l’ensemble, les Juifs n’étaient pas la cible de violences.
Avant l’occupation allemande : la Seconde Guerre mondiale et l’occupation soviétique
La Seconde Guerre mondiale éclata en Europe en septembre 1939. Ce mois-là, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique envahirent la Pologne, conformément au pacte germano-soviétique (également appelé pacte Molotov-Ribbentrop) de 1939.
En juin 1940, l’Union soviétique annexa la Lituanie avec l’accord tacite de l’Allemagne nazie. À cette époque, de nombreux Juifs de Kovno avaient déjà conscience de l’antisémitisme extrême de l’Allemagne nazie. Ils considéraient la prise de pouvoir par les Soviétiques comme le moindre de deux maux. Cependant, la période d’occupation soviétique (juin 1940–juin 1941) allait s’avérer désastreuse pour l’ensemble des habitants de Kovno, et en particulier pour la communauté juive.
Les conséquences de l’occupation soviétique sur la communauté juive de Kovno
Partout en Lituanie, les Soviétiques restreignirent la liberté de culte, s’opposèrent à la libre entreprise, nationalisèrent la propriété privée et réprimèrent les mouvements nationalistes. Pour la communauté juive, cette répression devait entraîner la dissolution de la plupart des institutions culturelles et religieuses juives, ainsi que la suppression de toute activité politique sioniste.
Les autorités soviétiques arrêtèrent des milliers de citoyens lituaniens, dont des Juifs, les exilèrent en Sibérie, puis dans les territoires soviétiques situés au nord du cercle polaire arctique. Pour elles, ces personnes représentaient une menace pour le nouveau régime.
Les répercussions économiques des politiques soviétiques ne se firent pas attendre. La classe moyenne de Kovno, majoritairement juive, fut la plus durement touchée. De nombreux Juifs virent leur logement confisqué, et leur qualité de vie se détériorer.
Néanmoins, l’occupation soviétique apporta certains avantages et ouvrit certaines perspectives à la communauté juive. Sous le régime soviétique, les Juifs pouvaient notamment exercer des professions qui leur étaient auparavant interdites.
La montée de l’antisémitisme sous l’occupation soviétique
En 1940 et 1941, les Juifs de Lituanie furent confrontés à une montée de l’antisémitisme. Si l’idée fausse et antisémite prétendant que tous les Juifs étaient déloyaux envers l’État lituanien s’était déjà répandue dans l’entre-deux-guerres, elle prit une nouvelle signification sous l’occupation soviétique. La participation de certains Juifs à la nouvelle administration soviétique renforça ainsi le mythe antisémite du « judéo-bolchevisme » selon lequel le communisme était un complot juif, ces derniers étant responsables de ses crimes.
L’occupation allemande et le début de la Shoah à Kovno
La Shoah commença à Kovno à la fin du mois de juin 1941. Le 22 juin, l’Allemagne nazie attaqua l’Union soviétique et progressa rapidement vers l’est. Elle contraignit l’armée soviétique à se retirer de l’ensemble du territoire lituanien, y compris de Kovno. Craignant l’avancée des forces allemandes et les persécutions nazies, des milliers de Juifs tentèrent de partir vers l’est, en direction de l’Union soviétique. Mais celle-ci avait fermé la frontière aux réfugiés, rendant ainsi la fuite pratiquement impossible.
À Kovno, la Shoah se manifesta d’abord par plusieurs jours de violences locales, avant même que les Allemands ne s’emparent de la ville. Cependant, après l’arrivée des Allemands le 24 juin, les violences antisémites s’intensifièrent, devenant plus systématiques et meurtrières.
Violence et anarchie au niveau local : 23–25 juin 1941
Les jours après le retrait soviétique et avant l’arrivée des Allemands, des perpétrateurs lituaniens attaquèrent des Juifs dans tout le pays, notamment à Kovno. Ils humilièrent, frappèrent, dépouillèrent et assassinèrent des Juifs qu’ils croisaient dans la rue. De nombreux autres Juifs, parfois des familles entières, furent arrachés de force à leur domicile et arrêtés de manière arbitraire.
Les Lituaniens auteurs de ces violences formaient un groupe hétéroclite qui avait su tirer parti d’un vide politique. Beaucoup d’entre eux appartenaient au Front des activistes lituaniens (Lietuvių aktyvistų frontas, LAF), fondé en 1940 dans le but de libérer la Lituanie de la domination soviétique. Ses militants se qualifiaient eux-mêmes de « partisans » ou de « combattants de la liberté ». Leur but consistait également à chasser les Juifs du pays. Parmi les autres auteurs de ces actes qui se joignirent à ces « partisans » se trouvaient des personnes très diverses : anciens détenus, employés de bureau, agriculteurs et commerçants.
Pogroms et arrestations massives de Juifs : 25–30 juin 1941
Le 25 juin 1941, l’armée allemande avait pris le contrôle de Kovno, accompagnée d’une unité spécialisée de la SS et de la police nazies, appelée Einsatzgruppe A. Celle-ci avait pour mission d’éliminer les ennemis de l’Allemagne, en particulier les communistes et les Juifs. Avec l’arrivée de l’Einsatzgruppe A, les attaques contre les Juifs se firent plus organisées et plus meurtrières. Les violences de masse se déclenchèrent à une vitesse remarquable.
Les 25 et 26 juin, un pogrom eut lieu dans l’ancien quartier juif de Slobodka. Des prétendus « partisans », rejoints par des étudiants lituaniens, firent irruption chez des Juifs, armés de fusils, de haches et de couteaux. Ces criminels assassinèrent plus de 800 hommes, femmes et enfants juifs. Ils mirent le feu à des maisons, brûlant vifs les occupants. Ils noyèrent des Juifs dans la rivière Vilija toute proche. Dans d’autres cas, ils contraignirent des victimes à creuser leur propre tombe avant de les assassiner.
Le 27 juin, des perpétrateurs lituaniens, peut-être aussi quelques Allemands, forcèrent des dizaines de Juifs à se rendre dans la cour d’un garage situé dans le centre-ville. Le bâtiment administratif adjacent appartenait à Lietūkis, un grand syndicat national de coopératives agricoles. Là, les Juifs furent torturés en public et battus à mort devant une foule de spectateurs.
Les massacres du Septième Fort : 30 juin–7 juillet 1941
Moins d’une semaine après l’invasion allemande, les perpétrateurs avaient arrêté des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs. Fin juin, ils emmenèrent un grand nombre d’entre eux au Septième Fort, l’une des fortifications de la ville datant du 19e siècle.
Le Septième Fort était sous contrôle conjoint allemand et lituanien. Il était administré par un gouvernement provisoire lituanien qui n’avait pas duré longtemps (23 juin - 5 août 1941). Des Allemands et des Lituaniens se trouvaient là.
Les bourreaux gardèrent les prisonniers juifs sur place sans leur donner ni nourriture ni eau. Ils enfermèrent les femmes dans les baraquements souterrains. Certaines d’entre elles furent maltraitées et violées. Des dizaines furent assassinées.
Pendant plusieurs jours, les hommes furent retenus à l’extérieur, dans l’enceinte du fort, sous la chaleur torride du mois de juillet. Nombre d’entre eux furent emmenés par groupes et abattus à l’extérieur du périmètre du fort. Les auteurs de ces fusillades étaient des membres de la SS allemande et des policiers allemands, ainsi que des gardes lituaniens. Ces derniers faisaient partie d’un bataillon de policiers lituaniens nouvellement formé.
Les fusillades atteignirent leur paroxysme dans la nuit du 6 au 7 juillet 1941, quand les gardes lituaniens assassinèrent plusieurs milliers d’hommes juifs. Au total, entre le 30 juin et le 7 juillet, environ 5 000 d’entre eux furent abattus au Septième Fort. Au cours des semaines suivantes, les fusillades visant aussi bien des Juifs que des non-Juifs se poursuivirent, bien qu’à une échelle bien moindre.
Le ghetto de Kovno : création et premiers mois
En juillet 1941, l’occupant allemand et les autorités locales ordonnèrent aux Juifs de Kovno de déménager dans un ghetto. Celui-ci se situait à Slobodka, le cœur historique de la communauté juive de la ville. Ce quartier (appelée Vilijampolė en lituanien) était composé de petites maisons en bois, sans égouts ni eau courante. Au cours des semaines suivantes, des Juifs de toute la ville furent expulsés de leurs logements et contraints de s’installer dans la zone du ghetto qui leur avait été attribuée.
Le 15 août 1941, quelque 30 000 Juifs de Kovno furent enfermés derrière des clôtures de fil barbelé. Ils ne pouvaient plus entrer ni sortir librement du ghetto.
Au départ, le ghetto de Kovno se divisait en deux zones : le « petit » et le « grand » ghetto. Les deux étaient reliés par une passerelle piétonne et scindés en quatre secteurs. La superficie du ghetto variait au fur et à mesure que les Allemands en redéfinissaient sans cesse les limites.
Les conditions de logement à Slobodka étaient précaires. Au début, plusieurs centaines de familles ne pouvaient vivre que dans la rue. Ceux qui parvenaient à trouver où habiter devaient souvent partager une petite chambre avec cinq ou six personnes. Les deux ghettos étaient tous surpeuplés. Peu de bâtiments répondaient aux normes élémentaires d’hygiène et d’assainissement. De ce fait, leurs habitants étaient exposés aux maladies et aux infections.
Les massacres de l’automne 1941
Entre août et octobre 1941, les Allemands perpétrèrent une série de massacres (appelés Aktionen en allemand). Ils avaient alors officiellement intégré les militants lituaniens antisoviétiques au sein de bataillons de police auxiliaire. Ces unités les aidèrent à commettre les massacres qui décimèrent la population du ghetto.
Le 18 août, les Allemands arrêtèrent 534 hommes juifs, parmi lesquels figuraient des enseignants, des médecins et des ingénieurs. On leur expliqua qu’on avait besoin d’eux pour travailler aux archives municipales. Mais c’était un piège. Ils furent emmenés au Quatrième Fort et fusillés, très probablement par des policiers lituaniens.
Le mois suivant, le 26 septembre, les habitants du ghetto vivant dans le quartier autour des rues Ariogolos et Velianos reçurent l’ordre de se regrouper. Au point de rassemblement, les Allemands sélectionnèrent entre 1 200 et 1 600 Juifs, dont de nombreuses femmes et de nombreux enfants. Ils furent tous assassinés au Neuvième Fort.
Puis, le 4 octobre, les perpétrateurs allemands et lituaniens bouclèrent le petit ghetto. Ils sélectionnèrent environ 1 800 personnes et les fusillèrent au Neuvième Fort. De plus, ils incendièrent l’hôpital juif spécialisé dans les maladies infectieuses. Les médecins, les infirmières et les patients qui se trouvaient encore à l’intérieur furent tués.
Début octobre, il ne restait plus que le grand ghetto.
La « Grande Action » dans le ghetto de Kovno : 28–29 octobre 1941
Les fusillades de masse de l’automne 1941 atteignirent leur paroxysme les 28 et 29 octobre.
Le 28 octobre, les quelque 26 000 personnes qui avaient survécu à la première vague de massacres reçurent l’ordre de se rassembler sur la place Demokratų, un vaste terrain vague situé dans le ghetto. Du matin au soir, les Allemands sélectionnèrent plus de 9 200 Juifs en vue de leur assassinat. Le groupe était composé de nombreux Juifs malades et âgés, ainsi que d’autres personnes qui semblaient fragiles. Près de 4 300 des victimes étaient des enfants.
Sous haute surveillance, les victimes furent conduites vers l’ancienne zone du petit ghetto pour y passer la nuit. Le lendemain matin, le 29 octobre, des unités de police allemandes et lituaniennes les emmenèrent de force au Neuvième Fort. Une fois arrivés, ils abattirent les victimes au bord de fosses communes dans lesquelles elles tombaient.
À la fin du mois d’octobre 1941, près de la moitié de la population juive enfermée dans le ghetto depuis le mois d’août avait été assassinée. Parmi les 17 000 Juifs de Kovno encore en vie, nombreux étaient ceux qui avaient perdu des proches et qui étaient accablés de chagrin.
La vie dans le ghetto de Kovno : 1941–1943
Après la Grande Action, la population du ghetto de Kovno connut une période de répit face aux massacres. Entre l’automne 1941 et l’été 1943, la vie se centra principalement sur le travail forcé et la recherche de nourriture.
L’administration allemande et le Conseil juif
À Kovno, le ghetto était principalement géré par l’administration civile allemande. L’administration municipale lituanienne soutenait activement l’occupant allemand.
En vue de l’installation du ghetto, les autorités allemandes ordonnèrent la création d’un Conseil juif. Cet organe administratif avait été mis en place par les Allemands pour assurer la liaison entre la population juive.
Au début du mois d’août 1941, à l’instigation des autorités allemandes, les représentants de la communauté juive choisirent le Dr Elkhanan Elkes, médecin de renom, pour présider le Conseil. Une force de police chargée de maintenir l’ordre dans le ghetto fut également instuaurée à cette époque.
Le Conseil juif du ghetto de Kovno avait l’obligation de faire respecter les ordres et les décrets des Allemands. Afin de répondre à leurs exigences, il créa diverses institutions, notamment des services chargés du travail, de la santé et du logement.
Tout en mettant en œuvre la réglementation allemande, le Conseil juif élargit le champ de ses activités aux secours pour les habitants du ghetto. Des structures supplémentaires furent instaurées, comme un service d’assistance sociale, afin de venir en aide aux personnes se trouvant dans une situation particulièrement précaire. Avant tout, le Conseil se battait pour répondre aux besoins fondamentaux des habitants du ghetto : nourriture, bois de chauffage et autres nécessités indispensables à leur survie. Il s’immobilisa également pour assurer la sécurité de la communauté, par exemple en appliquant des normes d’hygiène et de propreté pour empêcher la propagation de maladies infectieuses.
Les sites de travail forcé
Le Conseil juif de Kovno espérait que si les prisonniers juifs se rendaient utiles à l’effort de guerre allemand, la population du ghetto pourrait survivre. Après les massacres de l’automne 1941, il s’agissait surtout de respecter le quota fixé par les autorités allemandes en matière de travail forcé. Les Juifs étaient affectés à des travaux dans quatre lieux principaux :
- Les ateliers du ghetto : les ateliers mis en place par le Conseil juif de Kaunas employaient des milliers de femmes, d’enfants et de vieillards juifs qui n’étaient pas en mesure d’effectuer des travaux plus exigeants physiquement. Les domaines concernés comprenaient la cordonnerie, la fabrication de brosses et de gants, ainsi qu’une blanchisserie.
- Les brigades de travail municipales : plusieurs milliers de Juifs faisaient partie de brigades de travail à l’extérieur du ghetto en tant que mécaniciens, métallurgistes, électriciens, menuisiers et ingénieurs. Certains réparaient du matériel pour l’armée allemande. D’autres s’occupaient de l’entretien des bâtiments qui abritaient l’administration civile allemande.
- Les camps de travail satellites : au cours de l’été 1942, les Allemands mirent en place des camps de travail à la périphérie de la ville. Plusieurs centaines de Juifs y furent déplacés de force, et donc souvent séparés de leur famille.
- Le chantier de l’aérodrome d’Aleksotas : des travailleurs juifs soumis au travail forcé furent contraints de construire un aérodrome pour l’armée allemande dans la banlieue d’Aleksotas. Pour les Juifs du ghetto de Kovno, c’était le chantier le plus vaste et le plus redouté. Les journées de travail duraient 12 heures, dans des conditions climatiques allant d’une chaleur accablante à un froid extrême selon la saison. Les travailleurs forcés devaient creuser des canaux, transporter des sacs de mortier et couler du béton. Ils étaient régulièrement battus par les gardes allemands chargés de surveiller l’aérodrome. Nombre d’entre eux tombaient gravement malades et moururent en conséquence directe de ce travail.
Les inégalités dans le ghetto de Kovno
Le fardeau inégal du travail forcé creusa de profondes divisions au sein de la société du ghetto. Les personnes ayant des liens avec des Juifs placés à des postes à responsabilité échappaient souvent aux missions les plus difficiles. Ceux qui n’avaient pas de relations étaient les plus exposés aux pires conditions de travail. Dans leurs journaux intimes et leurs poèmes, certains Juifs du ghetto dénoncent ce qu’ils considéraient comme une société fondée sur le favoritisme et l’inégalité.
La faim dans le ghetto de Kovno
Dans le ghetto, la nourriture était rationnée et terriblement insuffisante. En violation de la réglementation allemande, les Juifs tentaient de s’en procurer davantage, ainsi que d’autres produits de première nécessité.
En général, la possibilité de trouver secrètement plus à manger dépendait du lieu où la personne était affectée aux travaux forcés. Par exemple, les Juifs dans les brigades de travail pouvaient faire du troc avec des Lituaniens non juifs sur le marché noir. Au péril de leur vie, ils échangeaient souvent les rares objets de valeur qu’ils possédaient, comme des vêtements, contre de la nourriture ou du bois de chauffage. En revanche, ceux qui étaient contraints de travailler sur l’aérodrome n’avaient qu’un accès limité à de la nourriture supplémentaire. La surveillance stricte qui y était exercée empêchait toute possibilité d’échange.
La contrebande de marchandises au ghetto de Kovno
Les Juifs qui parvenaient à troquer des objets de valeur contre de la nourriture et autres produits devaient tout de même les faire entrer clandestinement dans le ghetto. La contrebande était un acte extrêmement dangereux, et officiellement interdit par les Allemands. Ceux-ci n’hésitaient pas à abattre les Juifs surpris en train de transporter de la nourriture, du bois ou d’autres biens dans le ghetto. Malgré tout, pour les Juifs du ghetto, la contrebande s’avérait indispensable à leur survie. Ils trouvaient le moyen de dissimuler des marchandises, de soudoyer les gardes et de s’assurer le soutien des policiers juifs qui surveillaient l’entrée.
La terreur infligée aux Juifs dans le ghetto : 1941–1943
Les années 1942 et 1943 marquèrent une accalmie dans les opérations d’exécution de masse. Cependant, les autorités allemandes et les Lituaniens continuèrent à terroriser les Juifs du ghetto de Kovno.
Arrestations et exécutions
Le spectre des arrestations et des exécutions hantait chaque jour les Juifs du ghetto. Les autorités allemandes en appréhendaient régulièrement et les emmenaient au Neuvième Fort, où ils étaient emprisonnés, interrogés et souvent exécutés.
Les Juifs arrêtés étaient punis pour avoir désobéi à toute une série d’ordres et de décrets allemands. Bon nombre de ces règles n’avaient aucun sens. Par exemple, il était interdit aux Juifs de marcher sur le trottoir, d’acheter des journaux à des non-Juifs ou d’enlever l’étoile jaune de leurs vêtements. À partir d’octobre 1942, les Allemands mirent en place une politique de représailles collectives, c’est-à-dire que les proches des personnes arrêtées étaient souvent abattus en même temps qu’elles.
Le pillage
Il n’était pas rare que divers perpétrateurs volent des objets de valeur et des vêtements aux Juifs du ghetto. Peu après sa création en août 1941, des soldats allemands fouillèrent systématiquement les domiciles des Juifs à la recherche d’or, d’argent, de bijoux et d’autres biens. D’autre part, la population était parfois la cible d’intrus lituaniens qui s’introduisaient dans le ghetto à la tombée de la nuit. Ils pénétraient par effraction dans les appartements des Juifs et volaient argent, vêtements et objets de valeur. Les conséquences de ce pillage étaient graves, car les victimes se retrouvaient avec encore moins de biens à échanger contre de la nourriture ou d’autres produits. De plus, ces incursions dans les foyers juifs s’accompagnaient souvent d’actes d’une violence brutale.
Les expulsions et le surpeuplement
Les Allemands modifiaient sans cesse les limites du ghetto de Kovno, le réduisant de plus en plus. Les Juifs, qui avaient déjà été contraints une première fois de quitter leurs logements pour s’installer dans le ghetto, devaient alors de nouveau déménager, souvent en l’espace de quelques heures. Chaque expulsion touchait des centaines, voire parfois des milliers de Juifs, dont beaucoup cherchaient désespérément un abri. Ces décrets aggravèrent la crise du logement dans le ghetto et entraînèrent une surpopulation de plus en plus importante.
Les déportations et la séparation des familles
Les Allemands transféraient ou déportaient constamment les Juifs du ghetto de Kovno vers des camps de travail, souvent aux alentours de la ville. Il arrivait toutefois que les autorités allemandes emmènent des résidents des ghettos vers des camps de travail en dehors de la Lituanie. Ainsi, en février et en octobre 1942, plusieurs centaines de Juifs furent déportés par train vers des camps de travail situés dans la ville de Riga, en Lettonie occupée par les Allemands. À mesure que la nouvelle de ces convois se répandait, la panique s’emparait des habitants. Ils ne savaient pas avec certitude où allaient les trains et craignaient d’être conduits à la mort. Ils étaient également terrifiés à l’idée d’être séparés de leur famille. Beaucoup se cachèrent pour éviter d’être visés par ces déportations. Ceux qui étaient emmenés prenaient des mesures extrêmes pour tenter de se sauver, comme sauter du train.
Les réactions des Juifs face à la terreur et à l’emprisonnement dans le ghetto de Kovno
Les Juifs du ghetto de Kovno étaient prisonniers, et leur marge de manœuvre était limitée. Leur réaction face à l’incarcération prenait toutefois différentes formes.
Documenter les faits
Certaines personnes et certains groupes du ghetto de Kovno consignèrent leurs expériences dans des journaux intimes, des mémoires, des dessins et des peintures. Un photographe du nom de Zvi Hirsch Kadushin (qui deviendra plus tard George Kadish) prit des centaines de photos clandestines dans le ghetto. Des policiers juifs du ghetto mirent en place des archives secrètes contenant des dossiers d’enquête, de la correspondance et des procès-verbaux d’arrestation. Au total, ils assemblèrent environ 30 000 documents.
La vie religieuse et culturelle
Les Juifs du ghetto de Kovno continuèrent à pratiquer leur religion et à célébrer leur culture, souvent en secret. Les rabbins prêchaient en petits groupes. Sous la direction de Chaim Nachman Shapira, érudit de renom et fils du grand rabbin de Kovno, des enseignants faisaient la classe aux enfants juifs. Des écrivains juifs se réunissaient dans des salons littéraires. L’Irgun Bnei Zion (IBZ), une organisation de jeunesse sioniste, imprimait clandestinement son propre journal en hébreu, intitulé Nitzotz (Étincelle). Et des personnalités telles que Mikhal Burshtyn, célèbre écrivain yiddish, recueillirent des éléments du folklore juif, des chansons et même des blagues macabres. La musique envahissait également le ghetto. À partir de l’été 1942, un orchestre de la police du ghetto donna plusieurs concerts.
La résistance armée
Dans le ghetto de Kovno, des personnalités clés du Conseil juif et de la police du ghetto participèrent directement aux activités de résistance. Plusieurs commandants de la police du ghetto appartenaient à la résistance sioniste. Ils formèrent secrètement ses jeunes combattants au maniement des armes à feu. La résistance communiste clandestine de Kaunas était dirigée par Chaim Yellin, écrivain yiddish et militant. Avec ses partisans, il établit le contact avec des partisans soviétiques (combattants de la résistance) dans les forêts aux alentours de Kovno. En 1943, l’Organisation de lutte juive fut créée sous la direction de Yellin. Grâce à elle, au moins 250 combattants du ghetto purent s’échapper du ghetto de Kovno et rejoignirent des groupes de résistants dans la forêt de Rudniki, dans l’est de la Lituanie.
Du ghetto de Kovno au camp de concentration de Kauen (été et automne 1943)
En juin 1943, le chef de la SS, Heinrich Himmler, ordonna que les ghettos du Reichskommissariat Ostland (une administration civile qui englobait la Lituanie occupée par l’Allemagne) soient transformés en camps de concentration. Les Juifs jugés inaptes au travail devaient être évacués des ghettos et assassinés.
À Kovno, ce processus débuta en septembre 1943. Les SS prirent le contrôle du ghetto et en firent un camp de concentration. Peu après, en octobre, ils déportèrent plus de 2 700 Juifs de Kovno. Deux mille furent convoyés par train en Estonie sous occupation allemande. Environ 700 enfants et vieillards juifs furent envoyés à Auschwitz, où ils furent assassinés.
Sur les 30 000 personnes qui avaient été emprisonnées dans le ghetto en août 1941, il ne restait qu’environ 13 000 Juifs encore en vie à Kovno en novembre 1943. La région où ils vivaient faisait désormais partie du camp de concentration de Kauen (Kovno) , ou Konzentrationslager Kauen, tout juste établi. Sous le nouveau régime de la SS, le rôle du Conseil juif de Kovno fut restreint.
Peu à peu, la SS déporta environ 5 000 de ces personnes vers un réseau de sous-camps créés sur les sites de travail forcé où des Juifs du ghetto avaient travaillé les années précédentes. Désormais, les sous-camps étant placés sous supervision directe de la SS. Les hommes et les femmes vivaient séparément et travaillaient dans des conditions encore plus dures. Toujours plus isolés de Kovno, ces détenus avaient du mal à se procurer de la nourriture.
Le meurtre d’enfants et de personnes âgées : 27-28 mars 1944
Au printemps 1944, la SS intensifia ses plans meurtriers en ciblant les populations les plus vulnérables du ghetto.
Le 27 mars, la SS prit d’assaut le camp principal de Kovno et ses sous-camps. D’anciens soldats soviétiques vinrent se joindre à elle, dont la plupart étaient des prisonniers de guerre des Allemands. Ensemble, ils s’en prenaient aux enfants de moins de 12 ans et aux adultes de plus de 55 ans. Se déplaçant de foyer en foyer, les perpétrateurs arrachaient les victimes à leurs proches et les embarquaient de force dans des bus et des camions. Les parents qui tentaient désespérément de protéger leurs enfants étaient sauvagement battus.
Après la guerre, Rivka Wolbe, une rescapée, se souvient :
Les scènes qui se déroulaient sous nos yeux dans les rues du ghetto, et les cris de détresse nous horrifiaient au plus profond de nous-mêmes. Dans les rues, des mères et des pères qui venaient de rentrer du travail s’arrachaient les cheveux et hurlaient les prénoms de leurs enfants… On aurait dit que les gens avaient perdu la raison.
En l’espace de deux jours, les bourreaux rassemblèrent environ 1 000 enfants et 300 personnes âgées juives. Cinq cents autres victimes furent emmenées depuis les sous-camps. On ignore ce qu’il est advenu exactement d’elles. Certaines furent probablement déportées puis assassinées à Auschwitz ou à Majdanek. D’autres furent abattus au Neuvième Fort.
La fin de la Shoah à Kovno
Début juillet 1944, alors que le front s’approchait de Kovno, les Allemands évacuèrent le camp de concentration de Kovno. Ils déportèrent les femmes juives encore en vie vers le camp de concentration de Stutthof, près de Dantzig, sur la côte baltique. Les hommes furent envoyés au camp de concentration de Dachau, en Allemagne. La plupart des quelque 6 000 Juifs déportés de Kovno trouvèrent la mort dans ces camps. Par exemple, le Dr Elkes, président du Conseil juif, décéda à Kaufering, un camp satellite de Dachau, en octobre 1944.
De nombreux Juifs de Kovno tentèrent désespérément d’échapper à la déportation en se réfugiant dans des cachettes ou des bunkers. Mais les Allemands les chassaient à l’aide de chiens renifleurs et de grenades. Ensuite, les forces allemandes rasèrent l’ancien quartier du ghetto à la dynamite. La grande majorité des personnes qui s’étaient cachées périrent dans l’incendie qui suivit ou furent abattues alors qu’elles s’échappaient.
Quelques semaines plus tard, le 1er août 1944, l’armée soviétique reprit Kovno. Parmi les Juifs encore en vie, environ 500 avaient pu se cacher dans des forêts ou dans des bunkers. Environ 2 000 autres survécurent à la détention dans divers camps de concentration et furent ensuite libérés par les forces alliées.
Les Juifs de Kovno au lendemain de la Shoah
Après la guerre, un petit nombre de rescapés du ghetto de Kovno retournèrent en République socialiste soviétique de Lituanie (1944-1990). Mais ce fut dans des camps de personnes déplacées (DP) en Allemagne, en Autriche et en Italie que la majorité des survivants trouvèrent refuge. Entre 1945 et 1948, ils furent nombreux à embarquer pour la Palestine sous mandat britannique (qui deviendrait plus tard l’État d’Israël) et pour les États-Unis.
Écrire l’histoire et se souvenir
Dans les camps de personnes déplacées, les rescapés rédigèrent les premières études historiques sur le ghetto de Kovno : mémoires, recueils de témoignages et de chansons, éléments de folklore. Kadushin, le photographe du ghetto, exposa une partie de ses clichés dans toute la zone d’occupation américaine de l’Allemagne d’après-guerre.
Les premières initiatives visant à rendre hommage aux victimes de la Shoah à Kovno virent également le jour dans les camps de personnes déplacées. Par exemple, des rescapés qui vivaient dans la région de Munich se rassemblèrent à l’occasion de l’anniversaire de la Grande Action, au cours de laquelle 9 200 de leurs coreligionnaires juifs avaient été assassinés.
Conformément à la tradition juive, ils choisirent de commémorer l’événement à la date correspondante du calendrier hébraïque, ou à peu près (le 7e jour du mois de hechvan).
Les événements d’octobre 1941 ravivèrent également les souvenirs de leur foyer d’avant-guerre perdu. « La Lituanie juive n’existe plus », déplorait un rescapé en 1945.
Kovno n’est plus une ville juive, et Slobodka, le dernier quartier juif qui s’était transformé en ghetto, a été complètement détruit. Ô mes chères et bien-aimées villes lituaniennes, qui occupent une place si particulière dans mon cœur ! Qui aurait pu imaginer que, de notre vivant, ton destin serait si tragique ?
Jacob Oleiski, rescapé de Kovno, 12 novembre 1945
Notes
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Footnote reference1.
J. Olejski, « 28 Oktober: Di grojse akcje in kowner geto » (28 octobre : Les grandes actions dans le ghetto de Kovno), Landsberger Lagerzeitung n° 5 (12 novembre 1945), p. 4.