<p>Vue du camp de concentration de Neuengamme. Allemagne, pendant la guerre.</p>

Neuengamme

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En décembre 1938, les SS créèrent Neuengamme : un sous-camp du camp de concentration de Sachsenhausen. Il était situé sur le terrain d'une briqueterie désaffectée sur les rives de l'Elbe Dove, un affluent de l'Elbe, situé près de Hambourg, dans le nord de l'Allemagne.

A travers l'entreprise SS Deutsche Erd- und Steinwerke GmbH-DESt (Pierre et Terre), les responsables SS prévoyaient d'utiliser la main-d'œuvre détenue pour rouvrir et moderniser la briqueterie. Le 12 et 13 décembre 1938, les SS transférèrent sur le site une centaine de prisonniers de Sachsenhausen afin de commencer la construction du camp. Les premiers prisonniers furent logés à l'intérieur même de l'usine.

LES PRISONNIERS DANS LE CAMP

Neuengamme devint un camp de concentration indépendant en juin 1940. A cette époque, la population carcérale avait atteint environ 1 000 personnes en raison de l'arrivée de deux autres convois de déportés de Sachsenhausen. A la fin de l'année, le camp comptait 3 000 prisonniers et en compterait 10 000 en aout 1943. Jusqu'à la fin 1940, la plupart des prisonniers de Neuengamme étaient de nationalité allemande. Ce furent ensuite les prisonniers des territoires occupés par les Allemands qui formèrent la majorité des personnes incarcérées.

Au total, la SS incarcéra entre 104 000 et 106 000 personnes à Neuengamme de décembre 1938 à mai 1945 ; dont environ 13 500 femmes. Les groupes nationaux les plus représentés furent les Soviétiques (34 350), les Polonais (16 900), les Français (11 500), les Allemands (9 200), les Hollandais (6 950), les Danois (4 800) et les Belges (4800). Il y avait tout d'abord très peu de Juifs dans le camp ; jusqu'en 1942, ils étaient entre 300 et 500. A l'été et à l'automne 1942, les SS vidèrent Neuengamme des Juifs en tuant une partie des Juifs dans le camp et en déportant les autres à Auschwitz. En 1944, les SS transférèrent des Juifs polonais et hongrois à Neuengamme, beaucoup d'entre eux via Auschwitz. Au total, quelque 13 000 Juifs furent détenus à Neuengamme.

LA DIRECTION DU CAMP

Alors que Neuengamme n'était encore qu'un sous-camp, le chef SS Heinrich Himmler nomma le Major SS Walter Eisele commandant de Neuengamme. En avril 1940, le capitaine SS Martin Weiss remplaça Eisele. Lorsque Weiss retourna à Dachau à la fin de l'été 1942, le lieutenant SS Colonel Max Pauly devint commandant, un poste qu'il occupa jusqu'à la libération du camp en 1945.

LES CONDITIONS DANS LE CAMP

Comme dans les autres camps de concentration, les prisonniers ne pouvaient pas se maintenir en bonne santé en raison des quantités insuffisantes de nourriture et de médicaments qu'ils recevaient ainsi que de leurs conditions d'hébergement. Ils étaient soumis au travail forcé sur des chantiers de construction du camp, dans la briqueterie, à l'aménagement du débit de l'Elbe et à la construction du canal Dove-Elbe. Après le début des bombardements alliés des villes du nord-ouest de l'Allemagne à la fin de 1942, les prisonniers de Neuengamme furent utilisés pour nettoyer les décombres et enlever les munitions non explosées dans les rues des grandes villes, comme Hambourg et Brême. Le 17 avril 1943, six prisonniers d'un détachement de travail de 700 prisonniers de Neuengamme furent tués lors d'un raid aérien allié sur la ville de Brême. Les prisonniers avaient interdiction d'utiliser les abris antiaériens pendant les attaques aériennes des Alliés sur les villes allemandes.

Les conditions dans lesquelles les autorités du camp forcèrent les prisonniers à travailler et l'absence de soins médicaux, même rudimentaires, facilitèrent la propagation des maladies, notamment de la pneumonie, de la tuberculose et du typhus. Plus de 1 000 prisonniers moururent lors d'une épidémie de typhus à poux qui commença en décembre 1941.

En plus des conditions de vie épouvantables, les prisonniers subissaient des coups et des punitions arbitraires. Aux peines "officielles" qui leur étaient traditionnellement infligées (les prisonniers étaient mis à l'isolement, obligés de rester debout pendant des heures, fouettés, suspendus à des poteaux, et transférés dans des détachements de travail pénitentiaires) s'ajoutaient les punitions arbitraires des surveillants SS et des "détenus fonctionnaires" (les chefs de baraque, chefs de bloc et kapos) qui selon leur bon vouloir pouvaient les maltraiter et les tuer.

De 1940 à 1943, les autorités du camp donnaient aux prisonniers les uniformes rayés typiques des camps de concentration. Après 1943, certains prisonniers reçurent des vêtements civils provenant des biens pillés de Juifs tués en Pologne ou en Union soviétique sous occupation allemande.

Au départ, la crémation des corps des prisonniers décédés se faisait dans les crématoriums gérés par les autorités municipales de Hambourg. A partir du printemps 1942, Neuengamme eut son propre crématorium. En 1942, les autorités SS commencèrent à tuer systématiquement les prisonniers qui n'étaient plus capables de travailler. Les autorités du camp initièrent ce processus au printemps dans le cadre de l'opération 14f13, au cours de laquelle des médecins désignés par des organismes de santé allemands "examinaient" des prisonniers incapables de travailler pour raisons de déficience mentale et les sélectionnaient pour être exécutés. Les sélectionnés étaient ensuite envoyés au centre de mise à mort de Bernberg an der Saale, où ils étaient assassinés par le personnel médical allemand dans des chambres à gaz. Après 1942, le personnel médical de Neuengamme assassina régulièrement les prisonniers trop faibles pour travailler au moyen d'injections létales. Quelque 2 000 prisonniers de la Gestapo furent envoyés à Neuengamme entre 1942 et 1945 pour y être tués.

LES EXPERIENCES MEDICALES

Les médecins allemands menèrent des expériences médicales sur les prisonniers de Neuengamme. Au début de 1942, des scientifiques de l'Institut pour les maladies maritimes et tropicales utilisèrent des prisonniers pour tester les moyens de lutter contre le typhus poux. En 1944, le physicien SS Kurt Heissmayer mena des expériences pour développer des médicaments contre la tuberculose et pour cela utilisa 20 enfants juifs transférés spécialement d'Auschwitz à Neuengamme à cette fin. En avril 1945, afin de cacher les traces de ce crime, les SS assassinèrent ces enfants ainsi que leurs quatre accompagnateurs juifs à l'école Bullenhuser Damm d'Hambourg. Dans l'hiver 1944-45, le Dr Ludwig-Werner Haase testa un nouveau filtre en ajoutant à l'eau une dose d'arsenic cent fois supérieure à la quantité acceptable. Il filtra ensuite l'eau en utilisant son nouvel appareil et l'administra à plus de 150 prisonniers pendant 13 jours. Les fortes doses d'arsenic causèrent probablement des dommages à long terme aux prisonniers.

LES SOUS-CAMPS

A partir de 1942, la SS chercha à devenir le principal fournisseur de travail en réponse à la demande croissante de l'industrie allemande d'armement. Cette année-là, trois sociétés construisirent des usines dans l'enceinte du camp. Les Walther-Werke, basés à Zella-Mehlis, créèrent une usine de fabrication d'armes légères qui employait 1 000 prisonniers. En avril 1942, l'usine Carl Jastram Motorenfabrik de Hambourg construisit une usine pour la production de pièces de sous-marins, la réparation des moteurs de navires et la production de bateaux torpilleurs. Fin 1942, la Deutsche Meß-Apparate GmBH basée à Langenhorn créa une usine à Neuengamme afin de produire des fusibles pour des grenades anti-aériennes.

La demande de prisonniers, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du camp, poussa les autorités de Neuengamme à établir, entre 1942 et 1945, environ 80 sous-camps dans différents endroits du nord et du centre de l'Allemagne dont plus de 20 camps à Hambourg seul. En octobre 1942, la SS créa le sous-camp de Dütte à Watenstedt-Salzgitter près de Brunswick. L'un des premiers et des plus importants sous-camps de Neuengamme, Drütte fournissait de la main d'œuvre forcée pour l'usine d'Etat "Reichswerk Hermann Göring" qui produisait des munitions pour les armes antiaériennes.

VERS LA FIN DE LA GUERRE

Fin 1944, entre 10 000 et 12 000 prisonniers environ restaient incarcérés dans le camp de concentration de Neuengamme et entre 37 000 et 39 000 dans les sous-camps. Ce chiffre comprenait près de 10 000 femmes. Vers la fin de la guerre, le taux de mortalité des prisonniers de Neuengamme, qui n'avait cessé de grimper, atteignit des proportions catastrophiques. Dans l'hiver 1944-45, 1 700 prisonniers moururent chaque mois ; 2 500 moururent pour le seul mois de février 1945.

A l'approche des forces britanniques, les SS évacuèrent le 19 avril 1945 quelque 9 000 prisonniers vers Lübeck, sur la mer Baltique, et assassinèrent la plupart des 3 000 prisonniers restant dans le camp. 700 personnes, presque exclusivement des prisonniers allemands, restèrent pour détruire les documents internes du camp. La moitié d'entre eux fut enrôlée dans une unité SS. Ils évacuèrent le camp le 30 avril, le laissant vide.

Les forces britanniques arrivèrent le 4 mai 1945. Début mai, les SS firent embarquer entre 9 000 et 10 000 prisonniers (la plupart évacués de Neuengamme et de ses sous-camps) sur trois navires ancrés dans la mer Baltique, au large de Neustadt dans le Schleswig-Holstein. 7 000 y perdirent la vie lorsque les Britanniques attaquèrent deux de ces bateaux au cours d'un raid sur le port. Le Thielbeck, avec à son bord environ 2 000 déportés, sombra rapidement. Le Cap Arcona, transportant plus de 4 500 prisonniers, brûla et chavira pendant l'attaque. Seulement 600 prisonniers, des deux bateaux, survécurent.

Le registre des décès indique qu'au 10 avril 1945, environ 40 000 prisonniers avaient péri dans le camp. Il est possible que 15 000 de plus moururent la semaine suivante et au cours de l'évacuation. Au total, plus de 50 000 déportés, soit près de la moitié de toutes les personnes emprisonnées dans le camp au cours de son existence, moururent à Neuengamme.

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