Klaus Barbie, le boucher de Lyon

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Nikolaus « Klaus » Barbie est le chef de la Gestapo à Lyon, alors un centre vital de la Résistance française. Il est responsable de l'exécution ou du meurtre de plus de 4000 individus et de la déportation de 7500 Juifs, dont la majorité a péri à Auschwitz. Après la guerre, Barbie travaille pour les services de renseignement américains, avant de s'échapper en Amérique du Sud. Il est extradé en France en 1983 où il est jugé pour crimes de guerre.

Points de repère

  • 1

    Après la guerre, Klaus Barbie coopère avec le US Army Counter-Intelligence Corps (CIC, service de renseignement de l'armée américaine). Il est chargé de signaler les activités communistes dans la zone d'occupation américaine. Le CIC a aidé Barbie à fuir en Amérique du Sud.

  • 2

    En Amérique du Sud, Klaus Barbie travaille pour les services de renseignement ouest-allemands et est protégé par le gouvernement bolivien, où il a plusieurs contacts fiables.

  • 3

    En 1983, Klaus Barbie est extradé en France où il est jugé pour crimes de guerre. En 1987, le tribunal le condamne à la prison à perpétuité.

Les premières années

Klaus BarbieNikolaus « Klaus » Barbie naquit à Bad Godesberg, près de Bonn, en 1913. En 1933, la mort de son père l'empêcha d'aller étudier la théologie à l'université. Alors qu'il se cherchait une profession, il rejoignit la SS en 1935, à l'âge de 22 ans, puis travailla avec ses services de sécurité (SD, Sicherheitsdienst), le réseau de renseignement du régime nazi. Il fut formé comme interrogateur dès son premier poste, un rôle qu'il retrouva plus tard dans sa carrière, avec des conséquences terrifiantes

La Seconde Guerre mondiale

Après la capitulation des Pays-Bas devant l'armée allemande en mai 1940, Klaus Barbie fut affecté à un poste de renseignement à Amsterdam. En 1942, il fut muté en France en tant que chef local de la Gestapo, d'abord à Dijon puis à Lyon, alors le centre du mouvement de Résistance français. Ses actions brutales envers les Juifs et envers la Résistance lui valurent le surnom de « boucher de Lyon ».

On estime que Klaus Barbie fut responsable de l'exécution ou du meurtre de plus de 4000 individus, et de la déportation de 7500 Juifs, dont la plupart périrent à Auschwitz.

Jean Moulin

C'est Klaus Barbie, dont l'impitoyable cruauté était légendaire, qui, depuis le tristement célèbre Hôtel Terminus, quartier général de la Gestapo à Lyon, interrogeait et torturait lui-même ses victimes. La plus connu est le héros de la Résistance Jean Moulin, que Barbie questionna quotidiennement pendant trois semaines, sans succès. Les tortionnaires n'obtinrent aucun renseignement et Jean Moulin mourut des effets de la torture le 8 juillet 1943 près de Metz, alors qu'on l'emmenait en prison en Allemagne.

Les enfants d'Izieu

Un autre crime de triste mémoire commis par Klaus Barbie fut la déportation des enfants d'Izieu, âgés de 4 à 17 ans, depuis une colonie de vacances dans le sud de la France. Sabine et Miron Zlatin, qui avaient tenté de les sauver, les avaient cachés dans cette ferme de l'Ain, dans la vallée du Rhône. Leur identité juive était un secret bien gardé, les papiers officiels les désignant uniquement comme réfugiés. Au matin du 6 avril 1944, Barbie ordonna une rafle de la colonie, et 44 enfants furent capturés, ainsi que 7 éducateurs. Craignant une intervention des autorités locales, Barbie les fit immédiatement transférer au camp de transit de Drancy. Miron Zlatin et deux des adolescents plus âgés furent plus tard fusillés à Tallin, en Estonie. Les autres enfants furent déportés à Auschwitz où ils furent gazés dès leur arrivée.

Après-guerre et fuite

Klaus Barbie quitta Lyon en août 1944, un mois avant la libération de la ville par l'armée américaine. Il retourna en Allemagne et prit part aux combats jusqu'à la fin de la guerre. Après 1945, le gouvernement français porta plainte contre lui et son nom fut publié sur deux listes de criminels recherchés : celle de la Commission des Nations Unies pour les crimes de guerre, et celle du CROWCASS (Central Registry of War Criminals and Security Suspects, registre des criminels de guerre). Malgré au moins deux arrestations, il ne fut pas identifié.

En 1946, Klaus Barbie vivait à Marburg, en Allemagne, sous un faux nom et travaillait avec un groupe organisé de Nazis dont le but était de former un nouveau gouvernement. L'année suivante, le CIC (US Army Counter-Intelligence Corps, service de renseignement de l'armée américaine) le localisa, mais plutôt que de l'appréhender, le recruta en tant qu'informateur. Entre 1947 et 1951, Klaus Barbie, toujours présent sur les listes de criminels de guerre, fournit des informations aux fonctionnaires américains sur le renseignement français et soviétique, et sur les activités anti-communistes de la zone américaine de l'Allemagne occupée.

Avant même que le gouvernement français demande l'extradition de Klaus Barbie aux autorités américaines en 1949, il était de notoriété publique qu'il vivait librement en Allemagne sous une fausse identité. Les demandes d'extradition se faisant plus pressantes, le CIC décida qu'il devenait trop risqué de continuer à utiliser Barbie comme informateur. Il refusait cependant de le livrer aux Français, craignant qu'il en sache désormais trop sur ses opérations de renseignement. En 1951, il l'aida à fuir en Amérique du Sud avec sa famille, grâce à la « route des rats » (Rat line), filière d'exfiltration des Nazis et autres fugitifs de l'Axe.

Vie et reconnaissance en Amérique du Sud

Klaus Barbie, sous le faux nom de Klaus Altmann, s'installa avec sa famille à La Paz, en Bolivie. Tandis que la France le condamnait à mort par contumace, il devint un éminent homme d'affaires. Ses connexions au sein du gouvernement bolivien lui garantissaient un rôle dans le commerce maritime, mais aussi le trafic d'armes. Au cours des deux décennies qui suivirent, il reçut la nationalité bolivienne et un passeport diplomatique, de sorte qu'il put voyager à son gré en Europe et aux États-Unis.

En 1971, les « chasseurs de Nazis » Serge et Beate Klarsfeld identifièrent Klaus Altmann comme étant Barbie. L'année suivante, après l'avoir localisé au Pérou, ils lancèrent une campagne publique pour qu'il soit rapatrié en France et jugé pour ses crimes de guerre. Barbie retourna en Bolivie, où ses relations militaires empêchaient l'extradition. Mais en 1980, le régime tomba lors du « putsch de la cocaïne » et, trois ans plus tard, en 1983, Barbie fut arrêté et se rendit en France.

Le procès

De retour à Lyon, Klaus Barbie fut inculpé pour crimes de guerre dans le cadre de la déportation des enfants d'Izieu, celles de 1944 à Auschwitz et Ravensbrück, et la rafle de la rue Sainte-Catherine à l'UGIF de Lyon, l'Union générale des israélites de France. Le fait qu'il ne fut pas poursuivi pour l'arrestation et la torture de Jean Moulin suscita la controverse. Parmi les témoins contre Barbie se trouvaient Sabine Zlatin, la fondatrice du home d'enfants à Izieu, âgée de 80 ans, et sa collègue éducatrice Lea Feldblum (69 ans), seule survivante des déportations.

Le procès de Barbie fut un événement d'une portée considérable en France et déclencha de nombreuses conversations sur la guerre, la Résistance et l'Holocauste. Il se termina en 1987 avec un verdict de culpabilité et une condamnation à la prison à perpétuité. Malgré la sentence, Barbie demeura un Nazi convaincu et impénitent. Il déclara être fier de ses postes de commandement sous le Troisième Reich et assura que s'il devait naître mille fois encore, il le referait mille fois. Il mourut en détention d'un cancer en 1991.

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