<p>Des soldats roumains supervisent la déportation des Juifs de Kichinev. Kichinev (aujourd’hui Chisinau), Bessarabie, Roumanie, 28 octobre 1941.</p>

Roumanie

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Les traités signés après la Première Guerre mondiale conférèrent à la Roumanie un territoire et une population plus que doublés par rapport à l’avant-guerre. Le recensement effectué en Roumanie en 1930 faisait état de 728 115 personnes se définissant comme juives, soit environ 4% de la population.

Traditionnellement, la Roumanie entretenait d’étroites relations avec la France, mais, dans les années 1930, (sous le règne de Carol II), elle tenta de demeurer neutre. Lors de la défaite de la France en juin 1940, l’Allemagne nazie soutint les prétentions révisionnistes de l’Union soviétique, de la Hongrie et de la Bulgarie à propos du territoire roumain. L’Union soviétique réclama la Bessarabie et le nord de la Bucovine qu’elle obtint le 28 juin 1940. Le 30 août 1940, en vertu d’un arbitrage allemand et italien, la Roumanie fut contrainte de céder le nord de la Transylvanie à la Hongrie dans un soi-disant second pacte de Vienne. En septembre, la Roumanie céda le sud de la Dobroudja à la Bulgarie.

Avant même que la Roumanie ne tombe dans la sphère d’influence de l’Allemagne nazie, les autorités roumaines menaient une politique antisémite acharnée, en particulier à l’encontre des Juifs vivant dans les régions limitrophes orientales, associés à tort au communisme soviétique, ainsi qu'à l'encontre de ceux de Transylvanie, identifiés avec l’ancien régime hongrois. Des mouvements révolutionnaires sociaux de droite, dont le plus important était la Garde de fer fasciste, bénéficiaient d'un soutien populaire considérable et jouissaient d'une certaine sympathie officielle lorsqu'ils demandaient que les Juifs de Roumanie soient chassés de prétendus postes d’influence, puis expulsés du pays. Par contre, leur appel à une révolution sociale contre l’establishment politique et économique, ainsi que leur recours à la protestation violente, suscita une forte hostilité de la part des autorités en place. En 1938-1939, la police roumaine et la Garde de fer s'affrontèrent dans un état de quasi-guerre civile terroriste.

"L’ÉTAT LÉGIONNAIRE NATIONAL", 1940-1941

En septembre 1940, le roi Carol II fut contraint d’abdiquer après la cession du nord de la Transylvanie à la Hongrie. Un gouvernement de coalition constitué d’officiers d’extrême- droite, sous la direction du général Ion Antonescu et de représentants de la Garde de fer, arriva au pouvoir et demanda l’envoi d’une mission militaire allemande en Roumanie. Le 20 novembre 1940, la Roumanie rejoignait officiellement les puissances de l’Axe.

L’"Etat légionnaire national" créé par Antonescu et la Garde de fer, promulgua rapidement un certain nombre de mesures à l’encontre des Juifs. Les voyous de la Garde de fer dévalisèrent en outre arbitrairement les entreprises appartenant à des Juifs ou s’en emparèrent. Ils agressèrent, et parfois assassinèrent, des citoyens juifs dans les rues. Les confiscations et la corruption régnante menacèrent d’ébranler l’économie roumaine et conduisirent à des tensions avec Antonescu et l’armée roumaine. La Garde de fer se souleva contre le régime le 21 janvier 1941. Au cours d’une guerre civile de trois jours, gagnée par la suite par Antonescu avec le soutien de l’armée allemande, les légionnaires de la Garde de fer fomentèrent un pogrom meurtrier dans la capitale, Bucarest. Le massacre de plusieurs dizaines de civils juifs dans les abattoirs de Bucarest fut particulièrement horrible. Après avoir tué les victimes, les assassins suspendirent les corps à des crochets de boucherie et les mutilèrent au cours d’une odieuse parodie des pratiques d’abattage rituel.

LA ROUMANIE ET LA GUERRE GERMANO-SOVIETIQUE, 1941-1944

Sous la direction d’Antonescu, la Roumanie participa activement à l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne, en juin 1941. Quelques jours après le début des opérations, le 25 juin, les autorités roumaines organisèrent un pogrom contre la population juive de la ville de Iasi, la capitale régionale de la Moldavie. Les policiers roumains assassinèrent des centaines de Juifs dans la cour des bureaux de la police. Plusieurs centaines d’autres furent massacrés dans les rues ou chez eux. Au total, au moins 4 000 Juifs furent assassinés à Iasi durant le pogrom. Plusieurs milliers furent arrêtés, entassés dans des wagons de marchandises et déportés à Calarasi et Podul Iloaei, des villes situées au sud-est d’Iasi. Bon nombre de ces déportés moururent en route, de faim ou de déshydratation.

Après l’invasion de l’Union soviétique, la Roumanie réannexa la Bessarabie et la Bucovine du Nord dont s’étaient emparés les Soviétiques un an plus tôt. Après la conquête de l’Ukraine par les Allemands et les troupes roumaines, en juillet et août 1941, la Roumanie reçut le territoire situé entre le Dniestr et le Bug. Les autorités roumaines y instaurèrent une administration militaire et baptisèrent la région "Transnistrie".

Tant par leur soutien aux unités allemandes de la police et de la SS que de leur propre initiative, les soldats et les gendarmes roumains massacrèrent plusieurs milliers de Juifs en Bessarabie, en Bucovine du Nord et en Transnistrie. Des unités roumaines et allemandes entreprirent l'assassinat systématique des habitants juifs de Kichinev, la capitale de la Bessarabie, peu après avoir occupé la ville en juillet 1941. Les survivants des premiers massacres, environ 11 000 personnes, furent parqués dans un ghetto et astreints à des travaux forcés dans d’effroyables conditions. En octobre, ceux qui avaient survécu furent déportés dans des camps et des ghettos de Transnistrie, comme le furent les Juifs survivants de Bessarabie et de Bucovine du Nord. Des dizaines de milliers de Juifs moururent de froid, de faim ou de maladie au cours des déportations en Transnistrie ou après leur arrivée. D’autres furent assassinés par des unités roumaines ou allemandes, soit en Transnistrie, soit après avoir été transférés de l’autre côté du Bug dans l'Ukraine occupée par l’Allemagne.

Les autorités roumaines créèrent de facto plusieurs ghettos et deux camps de concentration en Transnistrie. Bogdanovka, situé sur la rive occidentale du Bug, où furent internés des milliers de Juifs, fut l’un des plus tristement célèbres. En décembre 1941, les troupes roumaines et leurs auxiliaires ukrainiens massacrèrent la quasi-totalité des Juifs de Bogdanovka ; les meurtres se poursuivirent pendant plus d’une semaine. Les Roumains exterminèrent également les Juifs dans les camps de Domanevka et Akhmetchetkha. Les Juifs ravagés par le typhus furent entassés dans la "colonie" de Moguilev. Durant l’hiver 1941-1942, les autorités roumaines créèrent des camps de concentration à Pechora et Vapniarka, en Transnistrie. Vapniarka était réservé aux prisonniers politiques juifs déportés de Roumanie proprement dite. Sur les milliers d’internés, très peu survécurent.

L’armée soviétique envahit la majeure partie de la Transnistrie au printemps 1944. La Bessarabie fut conquise durant les premières semaines de l’offensive d’été. Tandis que les troupes russes se massaient sur la Prout, une rivière qui sépare la Moldavie de la Bessarabie, un groupe d’hommes politiques de l’opposition, soutenus par le roi Michel, renversa Antonescu et signa un armistice avec l’Union soviétique, le 23 août 1944. Les troupes roumaines combattirent alors aux côtés des troupes soviétiques en Hongrie et en Allemagne.

Entre 1941 et 1944, les autorités allemandes et roumaines assassinèrent ou provoquèrent la mort de 150 à 250 000 Juifs roumains et ukrainiens en Transnistrie. Au moins 270 000 Juifs roumains furent assassinés ou moururent de mauvais traitements pendant la Shoah.

Antonescu et plusieurs autres responsables du régime roumain durant la guerre furent jugés après la guerre. Antonescu fut reconnu coupable et exécuté. La plupart des assassins roumains ne furent cependant jamais traduits en justice.