<p>Les forces militaires ottomanes conduisent des hommes arméniens vers un lieu d'exécution en dehors de la ville de Kharpout. Kharpout, Empire ottoman, mars-juin 1915. [Avec l'autorisation de l'Armenian National Institute.]</p>

Le génocide arménien (1915-16) : présentation

Le génocide arménien (1915-16) : présentationParfois considéré comme le premier génocide du 20e siècle, le génocide arménien désigne l'annihilation physique des chrétiens arméniens dans l'Empire ottoman entre le printemps 1915 et l'automne 1916. Environ 1,5 million d'Arméniens vivaient sur les terres multiethniques de l'Empire ottoman en 1915. Au moins 664 000 et peut-être jusqu'à 1,2 million de personnes ont péri durant le génocide, massacrées en masse et assassinées, victimes de mauvais traitements systématiques, du froid et de la faim.

L'extermination massive des Arméniens en 1915-16 est à l'origine du terme génocide et de sa codification en droit international. L'avocat Raphael Lemkin, inventeur de ce terme et plus tard son plus fervent défenseur auprès des Nations Unies, déclara à plusieurs reprises que la rapide divulgation des crimes ottomans contre les Arméniens dans les journaux avait été pour lui un élément essentiel dans la nécessité d'une protection juridique de groupes (un point clé de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations Unies de 1948).

La plus grande partie des persécutions et des massacres fut perpétrée par les autorités ottomanes, soutenues par des troupes auxiliaires et parfois par des civils. Le gouvernement ottoman, contrôlé par le Comité Union et Progrès (CUP, également appelé les Jeunes-Turcs), avait pour but de renforcer la domination des Turcs musulmans au centre et à l'est de l'Anatolie en éradiquant le nombre important d'Arméniens qui y vivaient.

Dans un contexte de guerre, des atrocités de masse et des génocides sont souvent commis. L'élimination des Arméniens fut étroitement liée aux événements de la Première Guerre mondiale. Au printemps 1915, le gouvernement ottoman, craignant que l'invasion des troupes ennemies ne pousse les Arméniens à s'allier à celles-ci, organisa la déportation de la population arménienne des régions frontalières du nord-est. Au cours des mois suivants, presque toutes les régions étaient concernées, quelle que fût la distance jusqu'aux zones de combat.

Parmi les victimes du génocide arménien, on compte les personnes tuées lors du printemps 1915 ; celles qui ont péri lors des déportations, de faim, de soif, de froid et de maladie ; et les Arméniens morts en chemin ou une fois arrivés dans les régions désertiques du sud de l'Empire [nord et sud syriens, nord de l'Arabie saoudite et Irak actuels]. À ceux-là, il faut ajouter les dizaines de milliers d'enfants arméniens enlevés à leur famille et convertis à l'Islam.

L'ambassadeur des États-Unis à Constantinople, Henry Morgenthau Sr, fut extrêmement choqué par les atrocités commises contre les Arméniens. Il fut de ceux qui voulurent les révéler au monde entier. Le sort des Arméniens suscita une émotion sans précédent auprès des philanthropes américains : le président Woodrow Wilson, des stars hollywoodiennes, ainsi que des milliers d'Américains ordinaires, chez eux et à l'étranger, offrirent leur contribution, rassemblant plus de 110 millions de dollars (soit plus d'un milliard en tenant compte de l'inflation) pour aider les réfugiés et orphelins arméniens.

Le génocide arménien jeta une ombre immense sur la période de l'Holocauste. C'est en partie en souvenir du génocide arménien que Henry Morgenthau Jr, fils de l'ambassadeur Morgenthau et ministre des Finances sous l'administration Roosevelt, se posa en ardent défenseur du « War Refugee Board », qui sauva plus de 200 000 juifs de l'Europe nazie. Le plus poignant est peut-être ce roman sur la résistance arménienne (Les Quarante Jours du Musa Dagh de Franz Werfel) passé de main en main, lu sous le manteau, dans les ghettos juifs au cours de l'Holocauste. L'analogie avec leur sort y suscitait l'inspiration, et ils y voyaient un appel à la résistance.

Références de lecture complémentaire

Adalian, Rouben, éd. The Armenian Genocide in U.S. Archives, 1915–1918. Alexandria : Chadwick-Healey, 1991.

Akçam, Taner. The Young Turks' Crime against Humanity : The Armenian Genocide and Ethnic Cleansing in the Ottoman Empire. Princeton : Princeton University Press, 2012.

Bloxham, Donald. The Great Game of Genocide : Imperialism, Nationalism and the Destruction of the Ottoman Armenians. Oxford University Press, 2005.

Dündar, Fuat. Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question. New Brunswick, N.J. : Transaction, 2010.

Kaiser, Hilmar. « Genocide at the Twilight of the Ottoman Empire » dans The Oxford Handbook of Genocide Studies, édité par Donald Bloxham et A. Dirk Moses. Oxford University Press, 2010.

Kévorkian, Raymond. Le génocide des Arméniens. Paris : O. Jacob, 2006. Traduit de : The Armenian Genocide : A Complete History. New York : I.B. Tauris, 2011.

Miller, Donald E. et Lorna Touryan Miller. Survivors : An Oral History of the Armenian Genocide. Berkeley-Los Angeles : University of California Press, 1993.

Morgenthau, Henry. Mémoires. [Paris] : Flammarion, impr. 1984. Traduit de : Ambassador Morgenthau's Story. Princeton : Gomidas Institute, 2000.

Suny, Ronald Grigor et al., éd., A Question of Genocide : Armenians and Turks at the End of the Ottoman Empire. New York : Oxford University Press, 2011.

Üngör, Ugur Ümit. The Making of Modern Turkey : Nation and State in Eastern Anatolia, 1913–1950. New York : Oxford University Press, 2011.

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