<p><span lang="FR">Les SS mirent en place le camp de concentration de <a href="/narrative/24115/fr">Sachsenhausen</a> pour en faire le principal dans la région de Berlin. Situé près d'Oranienburg, au nord de la ville, le camp a ouvert le 12 juillet 1936.</span></p>

Les camps de concentration, 1933-1939

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Le terme camp de concentration désigne un camp dans lequel des gens sont détenus ou confinés, généralement dans des conditions très difficiles et sans respect des normes juridiques acceptées dans les démocraties constitutionnelles quant à l'arrestation et l'emprisonnement. Les camps de concentration (Konzentrationslager, KL ou KZ) furent un élément essentiel du régime nazi entre 1933 et 1945.

Les premiers camps de concentration en Allemagne furent créés peu après la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933. Dans les semaines après l'arrivée au pouvoir des Nazis, la SA (Sturmabteilung ou Sections d'assaut), la SS (Schutzstaffel, escadron de protection, garde d'élite du Parti nazi), la police et les autorités civiles locales mirent en place de nombreux camps de détention pour incarcérer les opposants politiques, réels ou supposés, à la politique nazie.

Dans toute l'Allemagne, les autorités allemandes établirent des camps, sans base légale, afin de gérer les très nombreuses arrestations d'opposants politiques. De grands camps furent créés à Oranienburg au nord de Berlin, à Esterwegen près de Hambourg, à Dachau au nord-est de Munich et à Lichtenburg en Saxe. A Berlin, le camp de concentration de Columbia (Columbia-Haus), en service jusqu'en 1936, détenait des prisonniers qui faisaient l'objet d'enquêtes de la Gestapo (la police d'Etat secrète allemande). Lorsque la SS s'affranchit de la tutelle de la SA, après une épuration qui fit une centaine de victimes dont leur le chef SA Röhm, Hitler autorisa le dirigeant des SS, Heinrich Himmler, à centraliser et à organiser l'administration des camps de concentration.

Le lieutenant général SS Theodore Eicke qui, depuis juin 1933, était commandant du camp de concentration SS de Dachau fut chargé de cette mission par Himmler et nommé Inspecteur des camps de concentration, une nouvelle section de la SS dépendant du Bureau principal.

Après décembre 1934, la SS devint le seul organisme autorisé à créer et à gérer les centres qui prirent officiellement le nom de camps de concentration, bien que les autorités civiles locales aient continué dans toute l'Allemagne à créer et à gérer des camps de travail forcé et des camps de détention. En 1937, il ne restait que quatre camps de concentration : Dachau à côté de Munich, Sachsenhausen près de Berlin, Buchenwald près de Weimar ainsi que le camp de femmes de Lichtenburg près de Merseburg en Saxe.

En tant que commandant de Dachau, Eicke avait déjà mis au point en 1933 une organisation et des procédures pour gérer et faire surveiller le camp. Il avait publié des règlements à la fois sur les missions des gardiens et sur le traitement des prisonniers. Ce sont l'organisation, la structure et les pratiques mises au point à Dachau en 1933-1934 qui servirent de modèle au système des camps de concentration nazis. Parmi les premiers “élèves” d'Eicke à Dachau se trouvait Rudolf Höss qui commanda plus tard le camp de concentration d'Auschwitz.

Des “unités politiques en alerte” (Politische Bereitschaften) furent chargées à l'origine de garder les camps de concentration SS. Elles furent renommées SS-Wachverbände en 1935 et SS-Totenkopf-Wachverbände (abrégé en SS-Totenkopfverbände ou SS-TV, soit formations à tête de mort) en avril 1936. Une unité de SS-Totenkopfverbände fut affectée dans chaque camp de concentration. Après 1936, le personnel qui administrait les camps, y compris le commandant, appartenait aux SS-Totenkopfverbände. Bien que le symbole de tête de mort (crâne et os) figurait sur toutes les casquettes SS, seules les SS-Totenkopfverbände furent autorisées à le porter à la boutonnière. Après la création d'une division SS-Totenkopfverbände au sein de la Waffen SS en 1940, ses officiers (recrutés au sein du service des camps de concentration) arborèrent également la tête de mort à leur boutonnière.

L'unité de SS-Totenkopfverbände de chaque camp était divisée en deux groupes. Le premier était le personnel du camp, il comprenait 1) le commandant et son équipe, 2) un policier et son assistant chargé de tenir à jour les dossiers des prisonniers, 3) le commandant du camp dit de “détention de protection” (Schutzhaftlagerführer) qui abritait les prisonniers, et son équipe (dont l'agent chargé de l'affectation du travail, l'agent chargé de l'appel, et le Blockführer qui était responsable des baraquements des prisonniers), 4) un personnel administratif chargé de l'administration fiscale et de l'approvisionnement du camp, et 5) une infirmerie gérée par un médecin SS qui était assisté d'un ou deux agents SS d'hygiène et/ou des infirmières. Le second groupe constituait le détachement de gardes (SS-Wachbataillion), qui avant 1939 avait la taille d'un bataillon.

Après 1938 (mais de facto depuis 1936) seule la police de sécurité allemande composée de la Gestapo et de la police criminelle avait l'autorité pour incarcérer des personnes dans les camps de concentration. Le motif “légal” d'incarcération était soit l'ordre de détention protégée (Schutzhaft) que la Gestapo pouvait délivrer depuis 1933 pour des personnes considérées comme des dangers politiques, soit l'ordre de détention préventive (Vorbeugungshaft) que la police criminelle pouvait délivrer depuis décembre 1937 pour des récidivistes ou des personnes qui, d'après le régime, avaient un comportement “asocial”. Aucun de ces ordres ne fit l'objet d'un contrôle judiciaire ou d'un examen par un organisme extérieur à la police de sécurité allemande.

Le modèle ainsi créé par Eicke au milieu des années 1930 a caractérisé le système des camps de concentration jusqu'à la chute du régime nazi au printemps 1945. La vie quotidienne à Dachau, les méthodes de répression et les tâches du personnel SS et des gardiens devinrent la norme, avec quelques variantes, dans tous les camps de concentration allemands.

L'EXTENSION DU SYSTEME DES CAMPS EN 1939

Entre 1938 et 1939, avec les nouvelles conquêtes territoriales de l'Allemagne nazie et l'augmentation importante du nombre d'individus considérés comme des opposants politiques et des asociaux, de nouveaux camps de concentration furent mis en place. En septembre 1939, lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale avec l'invasion de la Pologne, il existait 6 camps de concentration dans le Reich grand-allemand: Dachau (fondée en 1933), Sachsenhausen (1936), Buchenwald (1937), Flossenbürg (1938) dans le nord-est de la Bavière près de la frontière tchèque de 1937, Mauthausen (1938) près de Linz en Austriche et le camp de femmes de Ravensbrück (1939) établi dans la province de Brandebourg au sud-est de Berlin, après la dissolution de Lichtenburg.

Dès 1934, les commandants des camps de concentration déployèrent des prisonniers comme travailleurs forcés pour des projets de construction SS, y compris des travaux de construction ou d'agrandissement des camps. Dès 1938, les dirigeants SS envisagèrent d'utiliser à différents projets de construction SS le réservoir de main-d'oeuvre constitué par les travailleurs forcés incarcérés dans les camps. Pour mobiliser et financer de tels projets, Himmler réorganisa et agrandit les bureaux administratifs de la SS et créa un nouveau bureau SS pour les opérations commerciales. Les deux organismes furent dirigée par le Général (Obergruppenführer) SS Oswald Pohl qui serait chargé en 1942 de l'Inspection des camps de concentration.

Après 1937, les considérations économiques commencèrent à avoir un impact croissant sur la sélection des sites des camps de concentration, ce qui deviendrait plus systématique après le début de la guerre. Par exemple, Mauthausen et Flossenbürg furent placés à proximité des grandes carrières de pierre. De même, les prisonniers, qui étaient affectés à des tâches éreintantes et inutiles, furent de plus en plus affectés par les autorités des camps à des travaux de rendement, non moins éreintants et dangereux, dans les industries d'extraction, notamment les carrières de pierre, les mines de charbon et le travail de construction.

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale par l'Allemagne nazie en septembre 1939, les conquêtes territoriales allemandes et l'augmentation importante du nombre de prisonniers potentiels se traduisirent par l'extension rapide du système des camps de concentration vers l'est. Après le déclenchement de la guerre, les camps restèrent des lieux de détention pour les ennemis politiques. Cependant, le climat d'urgence nationale suscité par le conflit permit à la SS d'étendre les fonctions des camps.

Les camps de concentration devinrent de plus en plus des sites où les autorités SS pouvaient tuer des groupes ciblés d'ennemis réels ou supposés de l'Allemagne nazie. Ils servirent également de centres de rétention pour un réservoir rapidement croissant de main-d'œuvre forcée déployée sur des projets de construction SS, des sites industriels d'extraction commissionnés par la SS, et à partir de 1942, dans la production d'armements, d'armes et de biens liés à l'effort de guerre allemand.

Malgré le besoin chronique de main d'œuvre forcée, les autorités SS continuèrent délibérément à sous-alimenter et maltraiter les prisonniers incarcérés dans les camps de concentration, à les affecter à des travaux forcés sans tenir compte de la sécurité, avec des taux de mortalité si élevés que beaucoup de prisonniers pensaient qu'on les “anéantissait par le travail”.