Refugees in a camp in eastern Chad for refugees from the Darfur region of neighboring Sudan.

Le Darfour

Entre 2003 et 2005, le gouvernement soudanais, avec le concours des milices janjawid, commet des atrocités de masse à l’encontre des communautés fur, zaghawa et masalit au Darfour. La guerre éclate en 2023. Depuis, les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire, s’en prennent à ces mêmes communautés. En 2025, le secrétaire d’État américain conclut que les FSR se sont rendu coupables de génocide au Darfour.

Points de repère

  • 1

    Entre 2003 et 2008, le conflit armé et les assassinats ciblés au Darfour causent la mort d’environ 300 000 civils et provoquent le déplacement d’environ 2,7 millions de civils.

  • 2

    Les principaux responsables des crimes sont les Janjawid et les forces gouvernementales soudanaises. Les principaux groupes ciblés sont les communautés Fur, Zaghawa et Masalit.

  • 3

    Depuis décembre 2023, les civils du Darfour sont confrontés à de nouvelles atrocités de masse. Les communautés Fur, Zaghawa et Masalit sont encore une fois prises pour cible.

Introduction

Le Darfour est une région située au nord-ouest du Soudan. Sa superficie est à peu près équivalente à celle de l’Espagne.

Pendant plusieurs années, au début des années 2000, les soldats du gouvernement militaire soudanais et leurs milices alliées, connues sous le nom de Janjawid, combattent des groupes rebelles au Darfour. Entre 2003 et 2005, on estime à 200 000 le nombre de civils qui ont perdu la vie à cause des violences, des maladies et de la famine, conséquences du conflit. Deux millions de personnes supplémentaires ont été contraintes de quitter leur domicile. Les exactions se sont poursuivies pendant des années, avec 100 000 victimes en plus. En 2004, le secrétaire d’État américain Colin Powell qualifie de génocide la campagne de violence menée par le gouvernement soudanais au Darfour.

Au printemps 2019, un soulèvement populaire entraîne la destitution du président soudanais Omar Hassan al-Bashir. Mais en octobre 2021, un coup d’État conduit à la remise en place d’un gouvernement dirigé par l’armée.

Le 15 avril 2023, des combats éclatent entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR). Depuis, des millions de civils dans tout le Soudan sont exposés à la menace d’atrocités de masse. Les FSR constituent un groupe paramilitaire lié aux Janjawid. Tout comme les FAS, elles sont accusées d’avoir commis des crimes contre des civils. 

Au Darfour, les FSR et les milices qui leur sont alliées se livrent à des actes de violence ciblés et à caractère ethnique à l’encontre des populations non arabes. Les informations faisant état de violences sexuelles généralisées et de la destruction de villages entiers rappellent les crimes commis au début des années 2000.

Le génocide au Darfour (2003–2005)

De 2003 à 2005, les forces soudanaises, en collaboration avec les Janjawid mènent une campagne de terre brûlée au Darfour. Les territoires habités par les communautés Fur, Masalit et Zaghawa sont systématiquement dépeuplés par le biais de déplacements forcés et d’attaques violentes contre les civils. Ces actes constituent un nettoyage ethnique et un génocide. À cela s’ajoute l’incendie volontaire de maisons, de villages et de cultures, ainsi que la destruction systématique de réserves alimentaires. Les réfugiés et les personnes déplacées sont alors la cible de nouvelles violences de la part des forces gouvernementales et des Janjawid, comme le pillage de fournitures humanitaires, les meurtres et les viols généralisés. Ces mesures entraînent la mort de 200 000 personnes et le déplacement forcé de deux millions d’autres.

Au cours du génocide au Darfour, les actions menées sous l’égide du gouvernement ont notamment inclus :

  • Le soutien des milices janjawid dans leurs attaques systématiques contre des civils appartenant aux mêmes groupes ethniques que les forces rebelles, principalement les Fur, les Zaghawa et les Masalit ;
  • Les bombardements de civils depuis des avions ; 
  • Des violations massives des droits de l’homme, notamment des meurtres, des viols et des persécutions fondées sur la race, l’origine ethnique et la religion ;
  • L’entrave de l’accès de l’aide humanitaire internationale, entraînant des conditions de vie fatales pour les personnes déplacées ;
  • Le harcèlement des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ;
  • L’utilisation du viol comme arme de guerre.

Les attaques à grande échelle menées par le gouvernement contre les civils diminuent après 2005. Cependant, la plupart des personnes déplacées par les violences ne rentrent pas chez elles, craignant que leurs villages ne soient à nouveau assaillis. Les attaques contre les civils se poursuivent , à une échelle moindre, pendant des années.

La réaction internationale

Les violences survenues au Darfour au début des années 2000 suscitent un immense intérêt du grand public et de la communauté internationale. Cette prise de conscience permet la mise en place de mesures politiques internationales visant à prévenir de nouveaux actes de violence dans les années qui suivent . D’autre part, il est alors désormais possible de rendre justice aux groupes victimes des atrocités de masse commises par le gouvernement soudanais. Des défenseurs des droits de l’homme organisent des manifestations publiques et des campagnes dans différentes localités aux États-Unis et dans le monde entier. Ils appellent également les États-Unis, les Nations Unies (ONU) et les partisans du gouvernement soudanais, tels que la Chine, à intervenir pour empêcher un génocide au Darfour. 

Refugees line up in a camp in eastern Chad for refugees from the Darfur region of neighboring Sudan.

Cette photographie montre une foule qui fait la queue dans le camp de réfugiés de Touloum, à l'est du Tchad. Le camp a été établi en 2004 par l'UNHCR, agence des Nations Unies pour les réfugiés, pour venir en aide aux populations qui fuient les violences de la région du Darfour, au Soudan (à la frontière du Tchad). La photo a été prise en mai 2004 par Jerry Fowler, parti là-bas à la rencontre des réfugiés du Darfour. Il y a recueilli directement leurs témoignages sur les violences génocidaires qu’ils subissent. À l'époque, il était directeur du Centre de prévention du génocide au United States Holocaust Memorial Museum (USHMM, Musée commémoratif américain de l'Holocauste).

Crédits:
  • US Holocaust Memorial Museum/Jerry Fowler

Les États-Unis qualifient de génocide les événements au Darfour (2004) 

C’est en partie sous la pression des défenseurs des droits de l’homme que des membres du gouvernement américain ont compté parmi les premières personnalités internationales à qualifier les violences au Darfour de génocide. En 2004, le secrétaire d’État Colin Powell qualifie les atrocités de masse commises au Darfour de génocide et en attribue la responsabilité aux Janjawid et au gouvernement soudanais.

L’ONU, l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) accusent le gouvernement soudanais et les milices qui lui sont alliées d’avoir commis des crimes contre l’humanité. Elles ne s’accordent toutefois pas sur le fait qu’un génocide ait eu lieu.

La Force de maintien de la paix des Nations Unies et de l’Union africaine 

En 2004, la Mission de l’Union africaine au Soudan (AMIS, African Union Mission in Darfur) est mise en place afin de veiller au respect de l’accord de cessez-le-feu humanitaire signé plus tôt dans l’année. Les efforts déployés par l’Union africaine et l’ONU pour négocier un règlement définitif s'intensifient au cours des années qui suivent le déploiement initial de l’AMIS. Ces efforts aboutissent, en 2006, à l’Accord de paix du Darfour (APD), qui ne durera toutefois pas longtemps. En 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies autorise la mise en place d’une mission conjointe des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) chargée de superviser la mise en œuvre de l’Accord de paix du Darfour (APD). Tout au long de son mandat, cette force souffre d’un manque de moyens financiers et d’effectifs. Elle est également exposée aux attaques tant des forces gouvernementales soudanaises que des groupes rebelles. Ces contraintes entravent la capacité de la MINUAD à mettre pleinement en œuvre son mandat de protection des civils au Darfour. De 2007 à 2014, la MINUAD est la plus grande force de maintien de la paix au monde. Elle cesse officiellement toutes ses activités principales en décembre 2020. 

La justice et la Cour pénale internationale (2005–2014)

En mars 2005, le Conseil de sécurité des Nations unies saisit la Cour pénale internationale (CPI) du cas du Soudan afin qu’une une enquête soit menée sur des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un génocide. L’enquête donne lieu à l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires à l’encontre de membres du gouvernement soudanais, des Janjawid et du Front de résistance. En juillet 2008, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, demande à la Cour de délivrer un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais al-Bashir. La CPI inculpe celui-ci de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre pour le rôle joué par le gouvernement dans l’orchestration des violences au Darfour. En 2010, trois chefs d’accusation de génocide sont ajoutés. Cependant, en 2014, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, annonce que la procédure engagée contre al-Bashir serait suspendue en raison du manque de coopération de la part des acteurs internationaux.

Le soulèvement populaire (printemps 2019)

Un soulèvement populaire au printemps 2019 conduit à la destitution d’al-Bashir et du Parti du congrès national (NCP), au pouvoir depuis 1989. L’événement marque le début d’une période de gouvernement civil et l’adoption d’une nouvelle Constitution. D’autre part, il offre la possibilité qu’al-Bashir et d’autres dirigeants soudanais mis en accusation par la CPI puissent être tenus pour responsables de génocide et d’autres violations du droit international. 

Les discussions entre le gouvernement mis en place après 2019 et la CPI portent sur une éventuelle poursuite hybride à l’encontre d’Al-Bashir. Cela concernerait à la fois les procureurs internationaux et les procédures judiciaires nationales. En août 2021, le gouvernement de transition fait savoir qu’il est disposé à remettre al-Bashir et d’autres dirigeants inculpés à la CPI. 

Le coup d’État militaire (automne 2021)

En octobre 2021, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) mènent un coup d’État militaire et forment un Conseil militaire de transition (CMT). Malgré ses promesses de transition vers un régime civil, le CMT annule bon nombre des réformes engagées par le gouvernement civil en 2019. Les auteurs du coup d’État ne rétablissent pas al-Bashir au pouvoir. Cependant, bon nombre de ces nouveaux dirigeants militaires sont également responsables de violations des droits de l’homme commises auparavant au Darfour et dans d’autres régions du Soudan. Début 2026, les autorités soudanaises n’ont toujours pas remis al-Bashir ni personne d’autre faisant l’objet d’un mandat d’arrêt à la CPI. 

Après le coup d’État d’octobre 2021, les dirigeants des FSR (en particulier le général Mohamed « Hemedti » Hamdan) continuent à gagner en influence en tant que membres du gouvernement du Conseil militaire de transition (CMT) au pouvoir. En décembre 2022, face aux manifestations populaires, les FAS, les FSR et les partis politiques soudanais négocient un accord qui aurait progressivement conduit à la mise en place d’un nouveau gouvernement civil au Soudan. Les FSR rejettent toutefois l’idée d’une intégration officielle au sein des FAS. 

Le conflit au Soudan depuis 2023

Le déclenchement de la guerre civile au Soudan en 2023 expose les civils de tout le pays aux violences, aux déplacements forcés et à la famine. Cette guerre marque également le retour des attaques ciblées sur des bases ethniques dans la région du Darfour, où les Forces de soutien rapide (FSR) et les milices alliées se livrent à des attaques généralisées et systématiques contre les mêmes communautés que celles qui avaient été prises pour cible lors du génocide de 2003‑2005.

La guerre civile au Soudan et les persécutions ethniques au Darfour

En avril 2023, les FSR attaquent des positions des FAS à Khartoum ainsi que des sites militaires stratégiques, déclenchant des affrontements entre les deux dans tout le pays, pour ensuite dégénérer en guerre civile. Depuis, la population civile soudanaise subit sans relâche des atrocités de masse d’une ampleur alarmante. Tant les FAS que les FSR sont accusées d’avoir commis des crimes contre des civils.

En juin 2023, le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM) avertit que les civils de la région du Darfour sont exposés à un risque important de génocide. Parmi les facteurs qui laissaient présager ce risque, on peut citer :

  • les attaques systématiques menées par les Forces de soutien rapide (FSR) et les milices alliées ;
  • l’impunité pour les crimes commis par le passé ; et
  • de nouveaux discours de haine à l’encontre des groupes marginalisés.

Peu après le début de la guerre, les Forces de soutien rapide (FSR) et les milices qui leur sont alliées relancent une campagne brutale de violences identitaires dans tout le Darfour, qui se poursuit encore aujourd’hui. Cette campagne vise les membres des communautés Fur, Zaghawa et Masalit, qui sont exposés aux massacres, à des violences sexuelles et à des déplacements forcés. En octobre 2025, les FSR prennent le contrôle de la ville d’El Fasher, dans le Darfour du Nord, consolidant ainsi leur emprise sur la région. Le 30 de ce mois, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit pour discuter des violences au Soudan. À l’issue de la réunion, il fait état d’exactions effroyables rappelant les atrocités de masse recensées en 2003 et 2004.

Malgré les avertissements lancés par l’USHMM, de l’ONU et de nombreuses organisations de défense des droits, les gouvernements et les organismes intergouvernementaux ne prennent pas les mesures qui s’imposent. Si les violences fondées sur l’identité ont surtout été signalées au Darfour, la guerre civile a causé d’immenses souffrances aux civils dans tout le Soudan. 

Selon l’ONU, les combats entre les FAS et les FSR ont fait plus de 40 000 morts en février 2026. Les organisations humanitaires estiment que le chiffre réel pourrait être bien plus élevé. Ces violences ont entraîné le déplacement de plus de 12 millions de personnes, soit un Soudanais sur trois. Près de la moitié de la population n’a pas accès à une alimentation suffisante, et l’état de famine a été déclaré dans les régions du Darfour et du Kordofan. On s’attend à ce que la famine se propage.

Les États-Unis reconnaissent l’existence d’un génocide au Darfour (2025)

L’ampleur de ces atrocités est officiellement reconnue par les États-Unis. Le 6 décembre 2023, le secrétaire d’État américain Antony Blinken conclut qu’entre avril et décembre 2023, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont commis des crimes de guerre au Soudan. Il conclut également que les FSR et les milices qui leur sont alliées ont commis des crimes contre l’humanité et des actes de nettoyage ethnique dans la région du Darfour.

Le 7 janvier 2025, Anthony Blinken conclut que les FSR et les milices qui leur sont alliées ont commis un génocide au Darfour. Depuis le début du conflit, ces groupes se sont livrés de manière systématique à des meurtres et à des violences sexuelles. Ils ont pris pour cible des civils au Darfour en raison de leur appartenance ethnique. Ils ont également restreint l’accès à l’aide en fonction de l’appartenance ethnique. À la suite de cette décision, le gouvernement américain impose des sanctions à l’encontre, entre autres, du chef des FSR, Mohammad Hamdan Dagalo Mousa (dit « Hemedti »), et du chef des FAS, Abdel Fattah Al-Burhan. Le gouvernement américain déclare Burhan responsable des crimes de guerre commis par les FAS, notamment l’entrave à l’aide humanitaire.

Toujours Le 7 janvier 2025, le United States Holocaust Memorial Museum publie un communiqué (lien externe en anglais) en réponse au département d’État américain. Dans ce communiqué, l’annonce de Blinken est qualifiée de « sombre reconnaissance de crimes horribles » qui auraient pu être évités. Le musée appelle également à la prise de nouvelles mesures pour protéger les communautés exposées à un risque de génocide.  

Les efforts renouvelés de la Cour pénale internationale (CPI)

En juillet 2023, la CPI annonce qu’elle va enquêter sur de nouvelles allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans la région du Darfour, conformément au mandat qui lui a été confié en 2005 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Elle poursuit également l’examen des affaires relatives à la période 2003-2005. Le 6 octobre 2025, elle reconnait Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman (Ali Kushayb), un chef des Janjawid, coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour son rôle dans les attaques systématiques menées contre des civils au Darfour entre 2003 et 2004. Il s’agit là de la première condamnation prononcée par la Cour pour des crimes commis au Darfour.

Notes

  1. Footnote reference1.

    Département d’État américain, « Qualification de génocide au Soudan et mise en place de mesures visant à faire rendre des comptes », communiqué de presse, 7 janvier 2025, https://2021-2025.state.gov/genocide-determination-in-sudan-and-imposing-accountability-measures/ (en anglais)

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