<p>Juifs chargés de force dans des wagons destinés au camp d’extermination de Belzec. Lublin, Pologne, 1942.</p>

Belzec

La petite localité de Belzec se trouve dans le sud-est de la Pologne entre les villes de Zamosc et de Lvov (L'viv). Lors de la Seconde Guerre mondiale, pendant l'occupation allemande de la Pologne, cette région faisait partie du district de Lublin du Gouvernement général (partie de la Pologne occupée par l'Allemagne non annexée directement à l'Allemagne, rattachée à la Prusse orientale allemande ou intégrée à l'Union soviétique occupée par l'Allemagne).

En 1940, les Allemands établirent un réseau de camps de travail le long du fleuve Bug (Buh) qui, jusqu'à l'invasion allemande de l'Union soviétique en juin 1941, formait la ligne de démarcation entre la Pologne occupée par l'Allemagne et l'Union soviétique. Le quartier général de ce complexe était un camp de travail situé à la périphérie de Belzec. Des Juifs, déportés du district de Lublin et d'autres régions du Gouvernement général, furent soumis au travail forcé à Belzec et dans ses camps secondaires pour construire des fortifications et des tranchées antichars le long du Bug. Le camp de travail de Belzec et ses camps secondaires furent démantelés à la fin de 1940.

En novembre 1941, les responsables SS et ceux de la police du district de Lublin commencèrent la construction d'un centre mise à mort sur le site de l'ancien camp de travail de Belzec. Les bonnes liaisons ferroviaires ainsi que la proximité d'une importante communauté juive dans les districts de Lvov, de Cracovie et de Lublin du Gouvernement général déterminèrent le choix du site. Le centre de mise à mort, achevé à la fin de l'hiver 1942, fit partie de ce qui serait appelé plus tard l'Opération Reinhard (ou Aktion Reinhard): le plan d'extermination des Juifs du Gouvernement général mis en oeuvre par les responsables SS et la police de Lublin. Les opérations commencèrent à Belzec le 17 mars 1942, les communautés juives de Lublin et de Lvov furent les premières à y être déportées. Belzec fut le deuxième centre de mise à mort allemand et le premier des centres de mise à mort de l'Opération Reinhard à entrer en service.

Situé le long de la ligne de chemin de fer Lublin-Lvov, le centre de mise à mort se trouvait à 500 mètres seulement de la gare de Belzec. Un petit embranchement ferroviaire reliait le camp à la gare. Les SS et les policiers auxiliaires affectés à la garde du camp habitaient près de la gare, dans un complexe séparé.

La direction du centre de mise à mort de Belzec était constituée d'un petit nombre de responsables SS, de policiers allemands (entre 20 et 30) et d'une unité de policiers auxiliaires de 90 à 120 hommes comprenant d'anciens prisonniers de guerre soviétiques (de différentes nationalités) ainsi que des civils ukrainiens ou polonais. Tous les gardiens furent formés au camp de Trawniki. Le lieutenant SS Christian Wirth fut le commandant du camp de Belzec jusqu'en 1942, le premier lieutenant SS Gottlieb Hering lui succéda de juin 1942 à juin 1943.

Belzec était constitué de deux parties distinctes: une zone de réception-administration ainsi qu'une zone d'extermination qui était dissimulée des victimes qui attendaient à la réception. Les deux parties du centre de mise à mort étaient reliées par un petit chemin étroit qui était appelé le "tube". Un embranchement ferroviaire et une rampe menaient à la réception. La partie dans laquelle se déroulaient les exterminations de masses comprenait des chambres à gaz et des fosses communes reliées entre elles par des voies ferrées. Chaque côté du camp mesurait environ 270 m. Afin de camoufler le camp et ses activités, les fils barbelés étaient entrelacées de branches au feuillage dense et des arbres avaient été plantés autour du périmètre.

Les opérations de gazage à Belzec commencèrent à la mi-mars 1942. Des trains de 40 à 60 wagons de marchandises contenant chacun entre 80 et 100 personnes arrivaient à la gare de Belzec. Les wagons étaient ensuite envoyés, par vingtaine, dans le camp. Les Juifs recevaient l'ordre de débarquer sur le quai de la zone de réception. Les SS et les policiers allemands annonçaient alors aux Juifs déportés qu'ils arrivaient dans un camp de transit et qu'ils devaient remettre tous leurs objets de valeur. Au début, les hommes étaient séparés des femmes et des enfants, mais dans les derniers mois, les Allemands et les auxiliaires ne purent pas toujours appliquer cette ségrégation car les arrivées devenaient de plus en plus chaotiques, les victimes prenant conscience de leur sort. Les Juifs étaient forcés de se déshabiller et de courir dans le "tube" qui menait directement à ce qui leur était présenté comme des douches et qui étaient en fait des chambres à gaz. Une fois les portes fermées, les gardes démarraient un moteur situé à l'extérieur du bâtiment. Du monoxyde de carbone était alors diffusé dans les chambres à gaz, tuant tous les occupants. Le procédé était ensuite répété avec les déportés des vingt wagons suivants.

Les membres des Sonderkommandos (des détachements spéciaux formés de prisonniers épargnés pour être soumis au travail forcé) travaillaient dans la zone d'extermination. Ils retiraient les corps des chambres à gaz et les enterraient dans des fosses communes. D'autres prisonniers, temporairement épargnés, travaillaient dans la zone d'administration et de réception où il étaient chargés de recevoir les prisonniers à la descente des trains, de les faire se déshabiller, de collecter leurs objets de valeur et de les envoyer dans le "tube". Ils devaient trier, avant de les envoyer en Allemagne, les objets personnels des personnes exterminées et étaient également chargés de nettoyer les wagons en vue de la prochaine déportation. Les membres de ces détachements de travailleurs Juifs étaient régulièrement exterminés par les SS, les policiers allemands et les gardiens formés à Trawniki et remplacés par des personnes sélectionnées parmi les nouveaux arrivants.

En octobre 1942, sur ordre de Lublin, des SS et des policiers allemands, recourant à des groupes de travailleurs forcés juifs du district de Lublin, commencèrent à exhumer les corps des fosses communes de Belzec et à les brûler dans des "fours" à ciel ouvert fabriqués à partir de rails de chemin de fer. Les Allemands utilisèrent également une machine pour broyer les os et en faire de la poudre.

DEPORTATIONS A BELZEC

Entre mars et décembre 1942, les Allemands déportèrent environ 434 500 Juifs ainsi qu'un nombre non défini de Polonais et de Roms (Tsiganes) à Belzec, où ils furent exterminés. La plupart des victimes étaient des Juifs des ghettos du sud et du sud-est de la Pologne. Les Allemands y déportèrent également des Juifs allemands, autrichiens et tchèques provenant, entre autres, des camps-ghettos de transit d'Izbica et de Piaski.

DEMANTELEMENT DE BELZEC

A la fin du printemps 1943, les travailleurs forcés juifs, surveillés par des SS, des policiers et leurs auxiliaires, avaient terminé leur tâche qui consistait à exhumer et à brûler les corps et le camp avait été démantelé. Au cours du mois de juin 1943, leur "travail" étant terminé, les travailleurs forcés juifs furent tués à Belzec ou déportés vers le centre mise à mort de Sobibor pour y être gazés.

Après le démantèlement du camp de Belzec, les Allemands labourèrent le terrain, construisirent une ferme, plantèrent des arbres et semèrent pour effacer toute trace du camp. Un ancien gardien du camp fut chargé d'exploiter la terre. Les forces soviétiques envahirent la région en 1944.