Portrait of the Weidenfeld family wearing Jewish badges in the Czernowitz (Cernauti) ghetto shortly before their deportation to Transnistria. [LCID: 30087]

Les insignes portés par les Juifs : pendant l'époque nazie

Les fonctionnaires nazis mettent en place le port systématique d'un insigne permettant d'identifier les Juifs entre 1939 et 1945, annonçant la déportation de ceux-ci vers les centres de mise à mort et les ghettos de l'Europe de l'Est occupée par les Allemands.

Résumé : les origines historiques de l'insigne porté par les Juifs

Pendant plus de dix siècles, des califes musulmans, des évêques du Moyen Âge et enfin des leaders nazis eurent recours à un insigne pour identifier les Juifs.

Les décrets ordonnant des insignes distinctifs constituaient rarement des actes isolés. Ils faisaient souvent partie d'une série de mesures anti-juives conçues pour discriminer les Juifs par rapport au reste de leur population et souligner leur infériorité.

Avec la Révolution française au 18siècle puis l'émancipation juive au siècle suivant, l'« insigne juif » disparut en Europe de l'Ouest.

Quand, entre 1939 et 1945, les fonctionnaires nazis mirent en place le port d'un insigne permettant d'identifier les Juifs, ils le firent de manière assidue et systématique, annonçant leur déportation vers les centres de mise à mort et les ghettos de l'Europe de l'Est occupée par les Allemands.

L'insigne juif pendant l'époque nazie

Pendant l'époque nazie, les autorités allemandes réintroduisirent l'insigne, élément clé dans leur projet de persécution puis de destruction de la population juive d'Europe. Plus qu'un moyen de la stigmatiser et de l'humilier, cette marque permettait également de l'isoler, la surveiller et contrôler ses mouvements, jusqu'à faciliter les déportations.

Le chef de la propagande nazie Josef Goebbels fut le premier à proposer un signe distinctif pour les Juifs allemands dans une note de mai 1938. Le 12 novembre de la même année, juste après la Nuit de cristal (Kristallnacht) Reinhard Heydrich, chef de la police de sécurité, reprit l'idée lors d'une réunion convoquée par Herman Goering. Aucune action ne fut cependant engagée.

Où et quand le port de l'insigne est-il imposé ?

En septembre 1939, après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, des soldats allemands et des représentants des autorités prirent l'initiative individuelle d'imposer l'insigne dans certaines villes et villages du pays. Le premier décret fut annoncé à Wloclawek le 29 octobre. Le 23 novembre, dans le Gouvernement général (la partie du pays occupée directement par l'Allemagne), le gouverneur général Hans Frank ordonna que tous les Juifs âgés de 10 ans et plus portent une « étoile juive » : un brassard blanc avec une étoile bleue à six pointes, qu'ils devaient coudre en haut de la manche droite sur le vêtement extérieur. Ne pas respecter le décret exposait à de lourdes amendes.

En Union soviétique, l'insigne fut institué tout de suite après l'invasion allemande, le 22 juin 1941, toutefois sans ordre général. Il exista sous différentes formes et fut porté dans diverses régions pendant la courte période entre l'arrivée des Allemands et le meurtre en masse des Juifs dans tout le pays.

Puis le 1er septembre 1941, Reinhard Heydrich décréta que tous les Juifs du Reich âgés d'au moins 6 ans devaient arborer sur la poitrine un insigne fait d'une étoile de David jaune sur fond noir dans laquelle était inscrit le mot « Juif » en allemand ou dans la langue locale. Ceci concernait tant les Juifs allemands que ceux des territoires annexés : Alsace, Bohème-Moravie, et le Warthegau (à l'ouest de la Pologne).

Ailleurs dans l'Europe occidentale occupée, des tentatives d'instituer un insigne furent reçues avec plus ou moins de désapprobation par la population locale, les fonctionnaires, et même l'armée allemande

L'occupant imposa l'insigne en Belgique et aux Pays-Bas au printemps 1942. En France, le commandement militaire allemand ordonna à tous les Juifs de 6 ans et plus de porter sur la poitrine gauche une étoile jaune grande comme la paume de la main avec l'inscription « Juif » à l'intérieur. L'ordonnance parut le 7 juin 1942 et fut partiellement appliquée, car, en raison d'une résistance bureaucratique, la France de Vichy ne connut pas de mesure semblable, même à l'occupation, en novembre.

Au Danemark, aucun « insigne juif » ne fut instauré. L'histoire bien connue rapportant que le roi Christian X en portait un en solidarité avec les Juifs n'est pas avérée. Ce mythe remonte peut-être à une remarque que le souverain aurait faite à son ministre des Finances, Vilhelm Buhl, que si les Allemands imposaient l'étoile jaune dans leur pays, « nous devrions tous la porter ».

En Norvège, l'insigne ne fut jamais imposé. Mais après le 10 janvier 1942, tous les Juifs devaient avoir sur eux une carte d'identité tamponnée avec la lettre J.

Parmi les pays alliés du régime nazi, beaucoup suivirent l'exemple et ordonnèrent à leur population juive le port d'un insigne. En Croatie, après l'arrivée des troupes allemandes à Zagreb et la création d'une république croate indépendante alliée à l'Allemagne, en mai 1941, les Juifs durent porter l'insigne. Contrairement à ce qui existait jusqu'alors, il avait la forme d'un grand rectangle jaune marqué d'une étoile de David et de la lettre Ž pour Židov (« juif » en croate) ou du mot même, en dessous.

En République slovaque,  établie en 1939 comme alliée catholique romaine de l'Allemagne nazie, l'insigne fit son apparition le 9 septembre 1941 dans le cadre d'une nouvelle législation anti-juive redéfinissant la population juive selon des critères raciaux.

En Hongrie, on s'opposa à l'insigne, qui ne fut instauré qu'en mars 1944, après l'invasion allemande et l'éviction du gouvernement Kallay, qui avait rejeté la mesure.

Le cabinet bulgare ordonna le port de l'insigne, fait de plastique jaune, le 26 août 1942. La population accepta difficilement cette mesure, et peu la respectait : environ un cinquième des Juifs de Sofia portèrent l'étoile jaune.

En Roumanie, elle fut introduite dans les provinces occupées de la Bessarabie et de la Bucovine en septembre 1941, puis en Transnitrie en juillet 1942. Cependant, dans le Regat (ou « Vieux royaume roumain », ses frontières étant celles d'avant 1914), elle ne suscita que peu d'enthousiasme, sauf à Moldova (Moldavie), où les Juifs, sous pression allemande à partir de mai 1944, furent obligés de porter l'insigne.

Dérogations individuelles

Certaines personnes, plus communément en Europe de l'Ouest plutôt qu'à l'Est, furent dispensées de porter l'insigne. Parmi elles :

  • des Juifs étrangers, venant notamment des pays neutres,
  • des Juifs dont le travail était d'une importance particulière pour les Allemands, comme des gérants de grands ateliers,
  • des représentants des Conseils juifs,
  • des collaborateurs,
  • et des Juifs dans des mariages mixtes.

Les insignes dans le système concentrationnaire

Les Allemands mirent en place un système complexe d'insigne permettant d'identifier les détenus dans les camps de concentration. Il consistait en général d'un assemblage de triangles inversés dont la couleur indiquait la catégorie de prisonnier.

Les Juifs incarcérés se distinguaient par deux triangles jaunes formant une étoile de David. Faite d'étoffe, elle était cousue à l'uniforme. D'autres prisonniers pouvaient être identifiés grâce à un triangle rouge (les prisonniers politiques), vert (les criminels), noir (les asociaux), marron (d'abord noir, pour les Sinti et Tsiganes) ou rose (les homosexuels), entre autres.

Ces catégories pouvaient être combinées pour plus de précision : une personne juive incarcérée pour motifs politiques porterait alors un triangle rouge sur un jaune. Pour les ressortissants non Allemands, une lettre indiquant le pays d'origine figurait sur l'insigne, par exemple un P pour les prisonniers politiques.

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