View of the Wannsee villa. On January 20, 1942, the villa was the site of the Wannsee Conference, at which the decision to proceed with the "Final Solution to the Jewish Question" was announced.

La Conférence de Wannsee et la "Solution finale"

Le 20 janvier 1942, quinze hauts fonctionnaires du Parti nazi et de l'administration allemande se réunissent dans une villa de Wannsee, dans la banlieue de Berlin, pour discuter de la mise en œuvre et de la coordination de ce qu'ils appellent « la Solution finale à la question juive ».

Points de repère

  • 1

    Le meurtre de masse des Juifs par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs nécessite la coordination et la coopération avec des entités gouvernementales dans toute l’Europe contrôlée par l’Axe.

  • 2

    La conférence de Wannsee est le rassemblement de fonctionnaires allemands de haut rang visant à discuter de ladite « Solution finale à la question juive » (l’exécution de masse) et sa mise en œuvre. 

  • 3

    Dans le cadre du programme nazi, la SS prévoit l’éradication d’environ 11 millions de Juifs, dont certains ne vivent pas sur les territoires sous contrôle allemand. 

Les participants à la conférence de Wannsee

Les représentants de la SS étaient :

  • le général SS Reinhard Heydrich, directeur de l'Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt-RSHA) et l’un des principaux adjoints du SS-Reichführer Heinrich Himmler
  • le général SS Heinrich Müller, chef de la division IV de la RSHA (la Gestapo)
  • le lieutenant-colonel SS Adolf Eichmann, chef de la division IV B4 de la RSHA (les questions juives)
  • le colonel SS Eberhard Schöngarth, commandant à Cracovie de la RSHA pour le gouvernement général de Pologne
  • le major SS Rudolf Lange, commandant des Einsatzkommando 2 du RSHA déployé en Lettonie à l'automne 1941
  • le major général SS Otto Hofmann, chef du bureau central pour la race et le peuplement.

Les représentants des institutions étatiques étaient :

  • le secrétaire d'État Roland Freisler (ministère de la Justice)
  • le directeur ministériel à la chancellerie du Reich, Wilhelm Kritzinger
  • le secrétaire d'État Alfred Meyer (ministère du Reich aux territoires occupés de l'Est — territoires de l'URSS occupés par l'Allemagne)
  • le directeur ministériel Georg Leibrandt (ministère du Reich aux territoires occupés de l'Est)
  • le secrétaire d'État Martin Luther (ministère des Affaires étrangères)
  • le secrétaire d'État Wilhelm Stuckart (ministère de l'Intérieur)
  • le secrétaire d'État Erich Naumann (Bureau du plénipotentiaire pour le plan quadriennal)
  • le secrétaire d'État Josef Bühler (gouverneur adjoint du gouvernement général — Pologne occupée)
  • le directeur ministériel Gerhard Klopfer (chancellerie du Parti nazi).

N’étaient pas présents les représentants des forces armées allemandes (Wehrmacht) ni des chemins de fer du Reich (Reichsbahn), au ministère allemand des Transports. En effet, la SS et la police avaient déjà négocié des accords avec le haut commandement allemand concernant le meurtre de civils, dont des Juifs soviétiques, au printemps 1941, avant l’invasion de l’Union soviétique. Fin septembre 1941, Adolf Hitler avait autorisé les chemins de fer du Reich à convoyer des Juifs allemands, autrichiens et tchèques vers des zones de Pologne et d’Union soviétique occupées par l’Allemagne. Les autorités allemandes étaient censées en exterminer une vaste majorité.

Les objectifs de la conférence

La « Solution finale » était le nom de code nazi pour l'annihilation physique systématique et délibérée des Juifs d’Europe. En 1941, à un moment toujours indéterminé, Adolf Hitler autorisa ce plan de massacre de masse sur tout le continent. Ce fut Heydrich qui convoqua la conférence de Wannsee :

  • pour informer les ministères et autres agences participant à la mise en œuvre de la « Solution finale » et s'assurer de leur soutien
  • et pour annoncer qu'Hitler lui-même l'avait chargé, lui et le RSHA, de la coordination de l'opération.

Les hommes réunis autour de la table ne délibérèrent pas du bien-fondé d'un tel plan, mais discutèrent des modalités d'application d'une décision déjà prise au plus haut niveau du régime nazi.

La coordination de la « Solution finale »

Reinhard Heydrich, chief of the SD (Security Service) and Nazi governor of Bohemia and Moravia.

Reinhard Heydrich, chef de la SD (Service de sécurité) et gouverneur nazi de la Bohème et de la Moravie. Lieu incertain, 1942.

Crédits:
  • National Archives and Records Administration, College Park, MD

Lors de la conférence de Wannsee, la plupart des participants savaient que le régime nazi s'était engagé dans des meurtres de masse de Juifs et d'autres civils dans les régions d'Union soviétique occupées par l'Allemagne et en Serbie. Certains étaient au courant que les Einsatzgruppen, ainsi que d'autres unités de la police et de l'armée, avaient déjà massacré des dizaines de milliers de Juifs en Union soviétique occupée. D'autres étaient au courant que des unités de l'armée allemande, la SS et la police tuaient des Juifs en Serbie. Aucun des responsables présents à la réunion ne souleva d'objection à la politique annoncée par Heydrich.

Celui-ci déclara que cette « Solution finale » concernerait environ 11 millions de Juifs en Europe. Il ajoutait ainsi aux Juifs résidant dans les pays européens contrôlés par l'Axe les populations juives du Royaume-Uni et des nations neutres (Suisse, Irlande, Suède, Espagne, Portugal et la partie européenne de la Turquie). Pour les Juifs du Grand Reich allemand et qui gardaient le statut de sujets de l'Empire allemand, les lois de Nuremberg serviraient de base pour déterminer qui était juif.

Il annonça :

Au cours de la Solution finale, les Juifs seront mobilisés pour le travail sous une forme appropriée avec l'encadrement voulu à l'Est. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront emmenés pour construire des routes dans ces régions, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.

Au final, la totalité de ceux qui survivront représentera évidemment les éléments les plus résistants. Il faudra leur appliquer un traitement approprié puisque, issus d'une sélection naturelle, ils seraient susceptibles d’être le germe d'une nouvelle souche juive.

Les participants délibérèrent d’autres questions soulevées par cette nouvelle politique, notamment : la mise en place du camp-ghetto de Theresienstadt, future destination pour les Juifs les plus âgés, pour ceux qui étaient handicapés et pour les décorés de la Première Guerre mondiale ; le report jusqu’à après la guerre des mesures de la « Solution finale » contre les Juifs mariés à des non-Juifs ou contre les personnes d’ascendance mixte, selon les lois de Nuremberg ;  la perspective d’inciter les partenaires de l’Axe à céder leurs populations juives ; et les mesures préliminaires aux « évacuations ».

Malgré les euphémismes que l’on trouve dans les protocoles de la conférence de Wannsee, son objectif était clair aux yeux de ses participants : il s’agissait de faire avancer la coordination d’une politique d’annihilation physique des Juifs d’Europe.

Major deportations to killing centers, 1942-1944

À la conférence de Wannsee à Berlin en janvier 1942, la SS (garde d'élite de l'État nazi) et des représentants gouvernementaux allemands estiment que la « Solution finale », le plan nazi d'extermination de tous les Juifs d'Europe, concernerait 11 millions de Juifs sur le continent, pays non occupés inclus, comme l'Irlande, la Suède, la Turquie et la Grande-Bretagne. Les Juifs d'Allemagne et d'Europe occupée sont déportés par train vers les centres de mise à mort en Pologne occupée, où ils sont tués. Les Allemands tentent de dissimuler leurs intentions et qualifient les déportations de « relocalisation » vers l'Est. On explique aux victimes qu'on les emmène dans des camps de travail, mais en réalité, à partir de 1942, la déportation, pour la plupart des Juifs, n'a d'autre signification que l'envoi en centre de mise à mort et une fin certaine.

Crédits:
  • US Holocaust Memorial Museum

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