<p>Portrait de groupe de quelques-uns des participants au soulèvement du camp d’extermination de Sobibor. Pologne, août 1944.</p>

Sobibor

Le petit village de Sobibor se situe près de la frontière actuelle avec l'Ukraine, à moins de cinq kilomètres à l'ouest du fleuve Bug et à huit kilomètres au sud de Wlodawa. Durant l'occupation allemande, cette région faisait partie du district de Lublin, au sein du Gouvernement général — Generalgouvernement, la zone qui n'était pas directement annexée à l'Allemagne, rattachée à la Prusse orientale ou incorporée à l'Union soviétique occupée.

Sobibor fut le deuxième centre de mise à mort édifié dans le cadre de l'Action Reinhard, le projet mis en place par la SS et la police de Lublin visant à exterminer tous les Juifs du Generalgouvernement. Sa construction commença en 1942 dans une région boisée, marécageuse, peu peuplée, à côté de la voie ferrée Chelm-Wlodawa. D'une superficie maximale de 400 mètres sur 600, il était camouflé par des branchages entrelacés dans des fils barbelés et des arbres tout autour. Un champ de mines d'une quinzaine mètres de large l'entourait.

Le centre était supervisé par un petit nombre de SS allemands et de policiers (entre 20 et 30), et d'une unité de gardes auxiliaires comprenant entre 90 et 120 hommes. Ceux-ci se composaient d'anciens prisonniers de guerre soviétiques de diverses nationalités ainsi que de civils ukrainiens et polonais sélectionnés ou recrutés pour cette tâche. Tous étaient entraînés au camp de Trawniki, aménagé spécialement par la SS et la police de Lublin. Le commandement de Sobibor fut assuré par le premier lieutenant SS Franz Stangl entre avril et août 1942, puis par le capitaine SS Franz Reichleitner jusqu'en novembre 1943.

Sobibor était divisé en trois zones : une zone administrative, une zone de réception et une zone d'extermination. La première se composait de bureaux, des logements des gardes allemands et de ceux venant de Trawniki. Des baraquements étaient réservés à la main-d’œuvre concentrationnaire. La deuxième zone comprenait la voie de garage, la rampe, les bâtiments où les déportés se déshabillaient, et les entrepôts pour stocker leurs biens. Les chambres à gaz, les fosses communes et les baraquements pour les prisonniers affectés aux travaux forcés formaient la troisième zone. Un couloir étroit surnommé le « boyau » reliait les zones de réception et d'extermination.

Après une phase d'expérimentation, les autorités commencèrent les opérations de gazage en mai 1942. Des convois de 40 à 60 wagons de marchandises arrivaient à la gare de Sobibor. Par groupe de vingt, ils pénétraient dans la zone de réception où les gardes allemands faisaient sortir les victimes sur la plate-forme. Là, des officiers allemands annonçaient aux déportés qu'ils venaient d'arriver dans un camp de transit et qu'ils devaient remettre leurs objets de valeur. Puis, ils les envoyaient dans les baraquements, les obligeaient à se dévêtir et à traverser le « boyau » en courant. Celui-ci débouchait sur les chambres à gaz, qu'un panneau mensonger annonçait comme étant des douches. Dans une baraque spéciale attenante au « boyau », les femmes étaient tondues. Une fois les portes des chambres à gaz hermétiquement fermées, des gardes mettaient en marche un moteur qui envoyait du monoxyde de carbone, tuant tous les prisonniers. Le processus se répétait avec les occupants des wagons suivants.

Des membres des Sonderkommandos (détachements spéciaux), composés de prisonniers temporairement gardés en vie pour être travailleurs forcés, devaient évacuer les corps des chambres à gaz et les enterrer dans les charniers. D'autres étaient affectés aux zones administrative et de réception, où ils veillaient aux diverses étapes entre la sortie des trains des prisonniers et leur déplacement dans le « boyau ». Ils étaient également chargés du tri des affaires des victimes et du nettoyage des wagons de marchandises avant les déportations suivantes. Régulièrement, les SS, la police et les gardes entraînés à Trawniki abattaient les membres de ces détachements de travailleurs juifs et les remplaçaient par un autre groupe sélectionné dans de nouveaux convois.

À l'automne 1942, sur ordre de Lublin, ces groupes furent utilisés pour exhumer les corps des charniers et les brûler sur des « fours » à ciel ouverts construits à partir de rails. Les Allemands se servirent également de machines pour réduire les os en poudre afin de faire disparaître toute trace des meurtres.

Les déportations vers Sobibor eurent lieu entre mai 1942 et l'automne 1943. Entre la fin juillet et septembre 1942, celles qui venaient du sud furent interrompues à cause de réparations sur la voie ferrée Chelm-Lublin.

Les Juifs déportés à Sobibor venaient principalement des ghettos des régions nord et est du district de Lublin. D'autres venaient des territoires soviétiques occupés, d'Allemagne même, d'Autriche, de Slovaquie, de Bohême-Moravie, des Pays-Bas et de France. Au total, ce sont 170 000 personnes qui furent exterminées à Sobibor.

À la fin du printemps 1943, les détenus réalisèrent que les opérations de gazage se faisaient plus rares. Par ailleurs, ils avaient obtenu des informations sur le démantèlement du camp de Belzec et l'extermination de tous ses occupants. Ils créèrent alors un mouvement de résistance et envisagèrent de s'évader. En septembre, d'anciens prisonniers de guerre juifs soviétiques venus du ghetto de Minsk et qui avaient reçu un entraînement militaire s'étaient ajoutés au groupe. Celui-ci choisit donc d'organiser plutôt un soulèvement, après la liquidation de dirigeants allemands importants du camp. Le 14 octobre 1943, ceux des 600 détenus encore à Sobibor qui étaient informés de l'insurrection lancèrent l'opération. Ils réussirent à tuer une dizaine d'Allemands et de gardes entraînés à Trawniki. Sur les 300 personnes qui purent s'échapper, plus de 100 furent repris. Plus de la moitié des survivants ne vit pas la fin de la guerre. Après la rébellion, Les Allemands et les Ukrainiens démantelèrent le centre de mise à mort et fusillèrent les prisonniers juifs qui n'avaient pas tenté de s'évader. À l'été 1943, après des discussions au sein de la hiérarchie SS, il fut d'abord décidé de transformer les lieux en une prison pour femmes et enfants déportés de la Biélorussie occupée dont les maris et pères avaient été assassinés pour opérations soi-disant anti-partisanes. Il fut ensuite question d'en faire un dépôt de munition. Bien qu'il ne soit pas établi que de nouveaux détenus arrivèrent à Sobibor après les dernières exécutions en novembre 1943, on sait qu'un petit détachement de gardes entraînés à Trawniki se trouvait sur le site de l'ancien centre de mise à mort jusqu'à mars 1944 au moins.