<p>Gare ferroviaire près du camp d’extermination de Treblinka. Cette photo a été trouvée dans un album appartenant au commandant du camp Kurt Franz. Pologne, 1942-1943.</p>

Treblinka

Les responsables de l'Opération Reinhard (appelée également Aktion ou Action Reinhard) choisirent de construire le site du centre de mise à mort de Treblinka dans une zone peu peuplée près des villages de Treblinka et de Malkinia. Ce dernier longeait la voie ferrée principale Varsovie-Bialystok, à 80 kilomètres au nord de Varsovie, et dépendait de l'administration du Generalgouvernement (la zone qui n'était pas directement annexée à l'Allemagne, rattachée à la Prusse orientale ou incorporée à l'Union soviétique).

En novembre 1941, les responsables SS et la police du district de Varsovie créèrent un camp de travail forcé pour les Juifs appelé Treblinka, puis Treblinka I. Les lieux servaient également de camp de « formation au travail » pour les Polonais non juifs qui avaient violé, aux yeux des Allemands, la discipline du travail. Tous ces détenus se trouvaient dans des unités séparées et étaient envoyés au travail forcé. La majorité d'entre eux étaient affectés à une carrière voisine.

En juillet 1942, les responsables de l'Opération Reinhard terminèrent la construction du centre de mise à mort Treblinka II, à environ 1,5 kilomètre du camp de travail, sur un site très boisé et à l'abri des regards. Lorsque Treblinka II entra en service, deux autres camps de l'Opération Reinhard, Belzec et Sobibor, fonctionnaient déjà.

Treblinka II se situait près du village polonais de Wolka Okraglik, le long de la ligne de chemin de fer Malkinia-Siedlce. Les Allemands ajoutèrent un tronçon ferroviaire entre le camp de travail de Treblinka I et le centre de mise à mort Treblinka II, qui permettait également de rallier la gare de Malkinia.

Le camp avait la forme d'un trapèze de 400 mètres sur 600 mètres. Des branchages entrelacés dans la clôture de fils barbelés et des arbres autour du site servaient à le camoufler. Des miradors de 8 mètres de hauteur étaient placés sur le périmètre et aux quatre coins du camp.

Treblinka II était divisé en trois parties : la zone de réception, la zone de vie et la zone d'extermination. C'est dans la deuxième que se trouvaient les logements du personnel allemand et ceux des gardes, ainsi que les bureaux, une clinique, des entrepôts et des ateliers. Une section comprenait également les baraquements des prisonniers juifs sélectionnés parmi les nouveaux arrivants pour fournir la main-d'œuvre nécessaire à la fonction du camp : l'extermination massive.

La direction du centre de mise à mort de Treblinka II était constituée d'un petit nombre de responsables SS et de policiers allemands (entre 25 et 35) et d'une unité auxiliaire de 90 à 150 hommes, tous anciens prisonniers de guerre soviétiques de différentes nationalités, ou civils ukrainiens et polonais sélectionnés ou recrutés à cet effet. Tous étaient entraînés au camp de Trawniki, aménagé spécialement par la SS et la police de Lublin.

Les commandants du centre de mise à mort de Treblinka II furent le second lieutenant SS Dr Irmfried Eberl de juillet à août 1942, le capitaine SS Franz Stangl d'août 1942 à août 1943, et le second lieutenant SS Kurt Franz d'août à novembre 1943. Au camp de travail Treblinka I, le capitaine SS Theodor van Eupen exerça les fonctions de commandant de 1941 à 1944. Contrairement à Treblinka II, où le commandant dépendait des responsables de l'Opération Reinhard, celui de Treblinka I était directement rattaché à la SS et à la police de Varsovie.

Des convois de 50 ou 60 wagons s'arrêtaient d'abord en gare de Malkinia. Par groupe de 20, ils étaient ensuite dirigés vers le centre de mise à mort. Les gardes ordonnaient aux victimes de descendre dans la zone de réception où se trouvaient la voie de garage et le quai. Les responsables SS et les policiers allemands annonçaient qu'ils étaient arrivés dans un camp de transit et devaient remettre tout objet de valeur. Cette zone disposait également d'un endroit clôturé comportant deux baraquements dans lesquels les déportés (hommes d'un côté, femmes et enfants de l'autre) devaient se déshabiller. C'est aussi là que se trouvaient les entrepôts où étaient stockés les affaires des victimes à trier et envoyer en Allemagne via Lublin.

Dans la zone d'extermination, un chemin clôturé et camouflé appelé le « boyau » menait de la zone de réception aux chambres à gaz, qu'un panneau mensonger annonçait comme étant des douches. Les victimes, nues, devaient s'y rendre en courant. Une fois les portes hermétiquement fermées, des gardes mettaient en marche un moteur qui envoyait du monoxyde de carbone, tuant tous les prisonniers. Des membres du Sonderkommando (détachements spéciaux), un groupe de détenus juifs temporairement épargnés, travaillaient dans la zone d'extermination. Ils retiraient les corps des chambres à gaz et, dans un premier temps, les enterraient dans des fosses communes. À la fin de 1942 et 1943, ils durent exhumer les cadavres et les brûler dans d'immenses tranchées, dans des « fours » de fortune fabriqués à partir de rails.

D'autres détenus temporairement gardés en vie qui travaillaient dans la zone d'administration-réception étaient chargés de recevoir les prisonniers à la descente des trains, de leur déshabillage, de la collecte des objets de valeur et du trajet dans le « boyau ». Ils triaient également les affaires des personnes exterminées pour préparer leur envoi vers l'Allemagne et ils étaient chargés de nettoyer les wagons pour les déportations suivantes. Régulièrement, les SS, la police et les gardes entraînés à Trawniki abattaient les membres de ces détachements de travailleurs juifs et les remplaçaient par un autre groupe sélectionné dans de nouveaux convois. On annonçait aux individus trop faibles pour atteindre les chambres à gaz seuls qu'ils allaient être soignés. Des membres du Sonderkommando les emmenaient dans une zone camouflée qui ressemblait à un hôpital, croix rouge à l'appui, où ils étaient fusillés par les SS et la police.

LES DÉPORTATIONS VERS TREBLINKA

Photographie de Dawid SamoszulLes déportés vers Treblinka provenaient essentiellement des ghettos des districts de Varsovie et Radom, dans le Generalgouvernement : entre la fin juillet et septembre 1942, les Allemands déportèrent près de 265 000 Juifs depuis le premier, et 346 000 depuis le deuxième entre août et novembre 1942. Depuis le district de Bialystok (en Pologne occupée, administrativement rattachée à la Prusse orientale allemande), 110 000 Juifs connurent le même sort entre octobre 1942 et février 1943. Enfin, 33 300 autres venaient du district de Lublin.

Les SS et la police allemande déportèrent vers Treblinka des Juifs des zones occupées par la Bulgarie : Grèce (Thrace) et Yougoslavie (Macédoine). Ils déportèrent également 8 000 Juifs de Terezin (Theresienstadt), en Bohême, vers Treblinka II. D'autres petits groupes dont on ignore le nombre provenant d'Allemagne, d'Autriche, de France et de Slovaquie furent tués à Treblinka II, en passant par divers lieux de transit dans le Generalgouvernement, ainsi que des Tsiganes et des Polonais.

Les déportations se poursuivirent jusqu'en mai 1943. Quelques convois isolés arrivèrent après cette date. Au début de l'automne 1942, les responsables des camps, sur ordre de Lublin, commencèrent à exhumer les corps des fosses communes pour les brûler, afin d'effacer toute trace des exterminations massives. Les prisonniers juifs furent chargés de cette besogne macabre jusqu'à la fin de juillet 1943.

RÉSISTANCE ET RÉVOLTE À TREBLINKA

Les détenus juifs créèrent un mouvement de résistance à Treblinka au début de l'année 1943. Quand les opérations furent presque terminées, les prisonniers craignirent d'être tués et de voir le camp démantelé. Aussi, à la fin du printemps et de l'été 1943, les responsables de la résistance choisirent la révolte. Le 12 août, les prisonniers s'emparèrent discrètement d'armes dans l'armurerie, mais furent découverts avant de pouvoir prendre le contrôle du camp. Des centaines d'entre eux se précipitèrent vers la porte principale pour tenter de fuir. Nombre d'entre eux furent abattus à la mitrailleuse. Plus de 300 parvinrent à s'échapper, mais deux tiers d'entre eux furent repris et fusillés par les SS, la police allemande et les unités militaires. Sur ordre de Lublin, les SS et la police allemande firent démanteler le camp. Ensuite, ils fusillèrent les survivants.

LA FIN DES CAMPS DE TREBLINKA

À l'automne 1943, les Allemands avaient ordonné le démantèlement de Treblinka II. De juillet 1942 à novembre 1943, ils avaient tué entre 870 000 et 925 000 Juifs. Treblinka I, le camp de travail forcé, continua de fonctionner jusqu'à la fin juillet 1944. Pendant que le centre de mise à mort était en activité, des Juifs étaient sélectionnés parmi les nouveaux arrivants et transférés vers Treblinka I. Ceux jugés trop faibles pour travailler à Treblinka I étaient régulièrement envoyés à Treblinka II et tués. À la fin du mois de juillet 1944, alors que les troupes soviétiques approchaient, les responsables du camp et les gardes formés à Trawniki fusillèrent les prisonniers juifs restants (entre 300 et 700) et se hâtèrent de démanteler et d'évacuer les lieux. Les Soviétiques envahirent le camp de travail et le centre de mise à mort au cours de la dernière semaine de juillet 1944.