<p>Juifs hongrois se dirigeant vers les chambres à gaz. Auschwitz-Birkenau, Pologne, mai 1944.</p>

La Hongrie après l'occupation allemande

L'OCCUPATION ALLEMANDE DE LA HONGRIE

Après la défaite allemande à Stalingrad, sur le front de l'Est, en 1942-43 — une bataille dans laquelle les unités hongroises subirent de lourdes pertes —, l'amiral Miklos Horthy et le Premier ministre Miklos Kallay commencèrent à envisager la défaite de l'Allemagne.

Avec l'approbation tacite de Horthy, Kallay chercha à négocier un armistice séparé pour la Hongrie avec les Alliés occidentaux. Pour empêcher de telles négociations, l'armée allemande envahit la Hongrie le 19 mars 1944. Horthy put rester régent, mais Kallay dut démissionner et les Allemands installèrent au poste de Premier ministre le général Dome Sztojay, anciennement ambassadeur de Hongrie à Berlin et fanatiquement pro-allemand. Sztojay engagea la Hongrie dans la poursuite de l'effort de guerre et coopéra avec les Allemands dans la déportation des Juifs hongrois.

LA GHETTOIZATION DES JUIFS HONGROIS

En avril 1944, les autorités hongroises donnèrent l'ordre aux Juifs hongrois vivant en dehors de Budapest (environ 500 000 personnes) de se rassembler dans certaines villes, en général les sièges des gouvernements régionaux. Les gendarmes hongrois furent envoyés dans les régions rurales pour rafler les Juifs et les transférer dans les villes. Les zones urbaines dans lesquelles les Juifs étaient contraints de se rassembler étaient fermées et considérées comme des ghettos. Parfois, les ghettos englobaient un ancien quartier juif. Dans d'autres cas, le ghetto était un bâtiment unique, comme une usine.

Dans certaines villes hongroises, les Juifs furent contraints de vivre en plein air, sans abri ni installations sanitaires. Les approvisionnements en eau et en nourriture étaient gravement inadaptés et les soins médicaux pratiquement inexistants. Les autorités hongroises interdirent aux Juifs de quitter ces ghettos dont les enceintes étaient gardées par la police. Des gendarmes torturaient fréquemment des Juifs et leur extorquaient des objets de valeur. Aucun de ces ghettos n'exista plus de quelques semaines, et bon nombre furent liquidés en quelques jours.

LA DEPORTATION DES JUIFS HONGROIS

A la mi-mai 1944, les autorités hongroises, en coordination avec la Police de sécurité allemande, commencèrent à déporter systématiquement les Juifs hongrois. Le colonel SS Adolf Eichmann fut le chef de l'équipe "d'experts en déportation" qui travailla avec les autorités hongroises. La police hongroise procéda à des rafles et fit monter de force les Juifs dans les trains de déportation.

En moins de deux mois, près de 440 000 Juifs répartis dans plus de 145 trains furent déportés de Hongrie. Ils furent, pour la plupart, déportés à Auschwitz mais plusieurs milliers furent aussi envoyés à la frontière de l'Autriche et utilisés pour creuser des tranchées de fortification. Au début du mois de juillet 1944, la seule communauté juive qui restait en Hongrie était celle de Budapest, la capitale.

LE REGIME DE SZALASI

En raison de la détérioration de la situation militaire et sous la menace (de la part des dirigeants alliés) de procès pour crimes de guerre, Horthy ordonna le 7 juillet 1944 l'arrêt des déportations. Au mois d'août, il limogea le gouvernement Sztojay et chercha à nouveau à signer un armistice, cette fois avec l'Union Soviétique dont l'armée était aux frontières du pays. A la mi-octobre, alors qu'Horthy avait entamé les négociations finales avec des commandants de l'armée soviétique, les Allemands apportèrent leur soutien à un coup d'Etat. Ils arrêtèrent Horthy et mirent en place un nouveau gouvernement hongrois sous la direction de Ferenc Szalasi, le dirigeant du parti fasciste et radicalement antisémite des Croix fléchées.

Sous le régime de Szalasi, des bandes de membres des Croix fléchées firent régner la terreur sur les Juifs de Budapest. Des centaines de Juifs, hommes et femmes, furent violemment assassinés. Beaucoup moururent également des conditions brutales du travail forcé auquel ils furent soumis par les Croix fléchées.

En novembre 1944, le régime des Croix fléchées ordonna le déplacement des Juifs qui restaient à Budapest dans un ghetto qui, sur une surface de 0,26 kilomètres carré, devint la résidence de près de 70 000 personnes. Plusieurs milliers de Juifs de Budapest furent également contraints de marcher, sous garde hongroise, jusqu'à la frontière autrichienne, entre novembre et décembre 1944. Beaucoup de ceux qui étaient trop faibles pour marcher dans le froid glacial furent abattus en chemin.

ARMISTICE ET LIBERATION

En janvier 1945, alors que l'armée soviétique était déjà à Budapest, du côté de Pest, la Hongrie signa un armistice. L'armée soviétique libéra Buda le 13 février 1945. Elle repoussa les dernières unités allemandes et leurs collaborateurs des Croix fléchées hors de Hongrie occidentale au début du mois d'avril 1945.

Sur les quelque 825 000 Juifs qui vivaient en Hongrie en 1941, environ 63 000 moururent ou furent assassinés avant l'occupation allemande de mars 1944. Sous l'occupation, un peu plus de 500 000 d'entre eux furent assassinés ou moururent suite aux mauvais traitements. Quelque 255 000 Juifs, soit moins d'un tiers de ceux qui vivaient dans la Hongrie élargie de mars 1944, survécurent à la Shoah. Environ 190 000 d'entre eux vivaient sur le territoire qui était celui de la Hongrie en 1920.