<p>Lors de la déportation de ceux qui avaient survécu au pogrom de Iasi vers Calarasi ou Podul Iloaei, les Roumains arrêtent un train pour jeter les cadavres de ceux qui sont morts en route. Roumanie, juillet 1941.</p>

Les Pogroms

Pogrom est un mot russe signifiant "dévaster, démolir violemment". Historiquement, le terme désigne des attaques violentes commises sur des Juifs par des populations locales non-juives dans l'Empire russe et dans d'autres pays. Le premier incident à avoir été appelé pogrom serait l'émeute anti-juive d'Odessa en 1821. Le terme entra dans l'usage courant avec les grandes émeutes antijuives qui balayèrent le sud de l'Ukraine et la Russie, entre 1881 et 1884, à la suite de l'assassinat du tsar Alexandre II. En Allemagne et en Europe de l'Est pendant la Shoah, comme dans la Russie tsariste, le ressentiment économique, social et politique contre les Juifs, renforça l'antisémitisme religieux traditionnel. Cela servit de prétexte au déclenchement des pogroms.

Les pogroms furent organisés localement, parfois avec l'encouragement du gouvernement et de la police. Leurs auteurs violaient, tuaient leurs victimes juives et pillaient leurs biens. De 1918 à 1920 — lors de la guerre civile qui suivit la Révolution bolchevique de 1917 —, des nationalistes ukrainiens, des responsables polonais et des soldats de l'armée rouge se livrèrent à des actes de violence similaires à des pogroms en Biélorussie occidentale, dans la province polonaise de Galicie (maintenant en Ukraine occidentale) et tuèrent des dizaines de milliers de Juifs.

Après l'accession des nazis au pouvoir en Allemagne en 1933, Adolf Hitler découragea publiquement le "désordre" et les actes de violence. En pratique cependant, la violence de rue contre les Juifs fut tolérée voire encouragée à certaines périodes après que les dirigeants nazis estimèrent qu'elle "préparerait" la population aux sévères mesures juridiques et administratives antisémites mises en œuvre officiellement pour "restaurer l'ordre". Par exemple, la campagne de violences de rue orchestrée au plan national, connue sous le nom de Nuit de Cristal, des 9 et 10 novembre 1938, fut l'aboutissement d'une longue période de violences sporadiques menées contre les Juifs. Ces violences de rue commencèrent à Vienne, en mars, après l'Anschluss. La Nuit de Cristal fut suivie par un fort développement de la législation anti-juive à l'automne et à l'hiver 1938-39. Une autre période de violence de rues s'était produite lors des deux premiers mois du régime nazi et avait abouti à une loi excluant les Juifs et les communistes de la fonction publique le 7 avril 1933. L'été qui précéda l'annonce des lois raciales de Nuremberg de septembre 1935 vit de fréquentes violences contre les Juifs dans différentes villes allemandes, dont des incendies de synagogues, des destructions de maisons et d'entreprises appartenant à des Juifs et des agressions physiques sur des personnes. La Nuit de Cristal fut de loin le plus grand de ces "pogroms" ainsi que le plus destructeur et le plus clairement orchestré.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Einsatzgruppen (groupes mobiles d'extermination) reçurent l'ordre de Reinhard Heydrich, le chef de l'Office central de la sécurité du Reich (RSHA), de tolérer les pogroms et même d'encourager les populations des territoires soviétiques nouvellement conquis à les mener. Les pogroms (avec des degrés de spontanéité variés) des villes comme Bialystok, Kaunas, Lvov et Riga s'inscrivirent dans la politique allemande d'éliminer systématiquement et entièrement les communautés juives d'Union soviétique. Le 29 juin 1941, alors que l'Allemagne nazie et la Roumanie, son partenaire au sein de l'Axe, avaient envahi l'Union soviétique, des militaires et des policiers roumains, parfois assistés de soldats allemands, tuèrent au minimum 8000 Juifs au cours d'un pogrom à Iasi dans la province roumaine de Moldavie. Le 10 juillet 1941, les résidents polonais de Jedwabne, une petite ville du district polonais de Bialystok d'abord occupé par l'Union soviétique puis par l'Allemagne, participèrent aux meurtres de plusieurs centaines de leurs voisins juifs. Bien que la responsabilité du déclenchement de ce "pogrom" n'ait pas été complètement établie, les chercheurs ont mis en évidence la présence en ville de la police allemande au moment des meurtres.

A la fin de l'été 1941, l'augmentation des cas de corruption, de pillages, de règlements de comptes, la destruction de ressources économiques importantes ainsi que l'infiltration d'anciens communistes dans des groupes qui menaient des pogroms, conduisirent les autorités allemandes à abandonner cette pratique sur le front de l'est. Les unités de la SS et de la police allemandes purgèrent les unités d'auxiliaires de police qui avaient été recrutés à la hâte, et commencèrent à mettre en œuvre des massacres systématiques des communautés juives de l'Union soviétique occupée.

Bien que les Allemands les abandonnèrent comme outil de leur politique d'annihilation, les pogroms ne prirent pas fin avec la Seconde Guerre mondiale. Le 4 juillet 1946, à Kielce en Pologne, des habitants menèrent un pogrom contre des Juifs survivants de la Shoah qui étaient de retour dans la ville. La foule les attaqua après la propagation de fausses rumeurs selon lesquelles ils avaient enlevé un enfant chrétien afin de le sacrifier pour leur culte. Les émeutiers tuèrent au moins 42 Juifs et en blessèrent environ 50.

Le pogrom de Kielce fut l'un des facteurs qui provoquèrent l'émigration massive vers l'ouest de centaines de milliers de Juifs survivants de la Shoah. Connu sous le nom de Brihah, ce mouvement conduisit les Juifs de Pologne et d'autres pays d'Europe de l'Est vers les camps pour personnes déplacées situés dans les zones occidentales d'Allemagne, d'Autriche et d'Italie occupées. La peur des pogroms fut l'une des motivations qui poussa la grande majorité des Juifs survivants de la Shoah à fuir l'Europe d'après-guerre.