
Le Traité de Versailles, juin 1919
Après les dévastations dues à la Première Guerre mondiale, les puissances victorieuses imposent aux vaincus une série de traités. Parmi ceux-ci, le Traité de Versailles de 1919 tient l’Allemagne responsable d’avoir déclenché le conflit. Elle doit alors payer les énormes dégâts matériels. En plus de cet accord de paix, la honte de la défaite joue un rôle important dans la montée du nazisme en Allemagne et la venue d’une seconde « guerre mondiale » deux décennies plus tard.
Points de repère
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Le traité exige la démilitarisation de la Rhénanie, la perte de 13 % des territoires allemands d’avant-guerre et le paiement d’énormes réparations.
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Le traité contient une « clause de culpabilité de guerre » qui rend l’Allemagne totalement responsable d’avoir déclenché la Première Guerre mondiale.
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Les effets de la Première Guerre mondiale et sa paix qui divise se font ressentir pendant des décennies. Ils donnent lieu à une seconde guerre mondiale qui dissimulera un génocide.
Contexte : l'impact de la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale représente l’un des conflits les plus destructeurs de l'histoire moderne. Les deux camps qui s’y affrontent sont les Puissances de l’entente et les Puissances centrales.
Près de 10 millions de soldats périrent. Ces lourdes pertes, subies par tous les belligérants, étaient dues en partie à l'apparition de nouvelles armes, comme la mitrailleuse et le gaz de combat. Les chefs militaires s’avérèrent incapables d’adapter leurs tactiques à une guerre de plus en plus mécanisée. La politique d'usure, notamment sur le front de l'ouest, coûta la vie à des centaines de milliers de combattants.
Pendant la guerre, aucun organisme officiel ne tint de statistiques précises sur les pertes civiles, mais les chercheurs avancent qu’elle aurait fait, directement ou indirectement, jusqu'à 13 millions de victimes. En Europe et en Asie Mineure, des millions de personnes furent arrachées à leurs foyers et déplacées.
Les pertes matérielles et industrielles furent catastrophiques, surtout en France, en Belgique, en Pologne et en Serbie, où les combats furent les plus lourds.
Contexte : les « quatorze points »
Environ 10 mois avant la fin du conflit, en janvier 1918, le président américain Woodrow Wilson rédigea une liste de buts de guerre qu'il appela « Les quatorze points ».
Huit de ces points traitaient spécifiquement de décisions territoriales et politiques associées à la victoire des puissances de l'Entente (Grande-Bretagne, France, Russie). Parmi les idées importantes figurait l'autodétermination nationale pour les peuples d'Europe. D’autres points concernaient la prévention de futures guerres et le dernier principe proposait une Société des Nations comme arbitre des conflits internationaux. Pour Wilson, il s’agissait d’encourager une paix juste et durable : une « paix sans victoire ».
Quand les responsables allemands signèrent l'armistice (l’accord mettant fin aux combats) dans la forêt de Compiègne le 11 novembre 1918, ils étaient nombreux à penser que les Quatorze points formeraient la base d'un futur traité de paix. Cependant, lorsque les chefs d'État des « quatre grands » (États-Unis, Grande-Bretagne, France et Italie) se réunirent à Paris pour en discuter les termes, ils rejetèrent cette approche.
Après une guerre si dévastatrice, ces « quatre grands », les quatre puissances occidentales victorieuses, imposèrent une série de traités aux nations vaincues, les puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie).
Face à l’Allemagne vaincue, considérée comme instigatrice principale du conflit, les puissances alliées décidèrent de lui dicter des obligations rigoureuses. Le traité dit Traité de Versailles fut présenté pour signature à la délégation allemande le 7 mai 1919 au château de Versailles, près de Paris. L’Allemagne y était désignée comme responsable d’avoir déclenché la guerre et tenue de payer pour les considérables dégâts matériels causés.
Les dispositions du Traité de Versailles
L’Allemagne perdit 13 % de son territoire, soit 10 % de sa population. Le traité la forçait à :
- céder Eupen et Malmédy à la Belgique
- céder le district de Hultschin à la Tchécoslovaquie
- céder la Posnanie (Posen), la Prusse occidentale et la Haute-Silésie à la Pologne
- rétrocéder l'Alsace et la Lorraine, annexées en 1871 après la guerre franco-prussienne à la France.
D’autre part, le Traité exigeait :
- la démilitarisation et l’occupation de la Rhénanie
- un statut spécial pour la Sarre, placée sous contrôle français
- des plébiscites sur l'avenir de certaines zones du Schleswig du Nord, à la frontière entre le Danemark et l'Allemagne, et de parties de la Haute-Silésie, à la frontière de la Pologne.
Ensuite, toutes les colonies allemandes d'outre-mer devenaient des mandats de la Société des Nations, et la ville de Danzig (actuel Gdansk), à la population largement allemande, prenaient le statut de Ville Libre.
Mais la partie du traité la plus humiliante pour l’Allemagne vaincue fut peut-être l'Article 231, souvent appelé « clause de culpabilité de guerre », qui forçait la nation allemande à se considérer comme unique responsable de la Première Guerre mondiale. Elle était alors tenue de payer pour tout dommages et pertes.
Georges Clemenceau, Premier ministre français, en particulier, insista pour que de lourdes réparations soient exigées. Il savait que le pays aurait des difficultés à rembourser des dettes colossales, mais il craignait un prompt rétablissement allemand suivi d'une nouvelle déclaration de guerre à la France.
L’objectif français était donc de réduire les chances de l’Allemagne de retrouver une supériorité économique et de se réarmer. L'armée allemande fut limitée à 100 000 hommes et la conscription interdite. Dans la Marine, les navires ne devaient pas dépasser 10 000 tonnes, et le pays ne pouvait pas acquérir ou entretenir une flotte sous-marine. Le pays ne pouvait avoir sa propre armée de l’air non plus.
Enfin, l’Allemagne se voyait contrainte de traduire en justice le Kaiser et d'autres responsables pour avoir livré une guerre d'agression contre l'Europe. Les procès de Leipzig qui suivirent se déroulèrent sans le principal intéressé ni aucun autre dirigeant important et se conclurent essentiellement par des acquittements. Dans l'ensemble, ils furent perçus comme une imposture, même en Allemagne.
Les impacts du traité
Au bout du compte, les conditions exigeantes du traité de paix ne parvinrent pas à régler les conflits internationaux qui avaient généré la Première Guerre mondiale. Au contraire, elles freinaient plutôt la coopération intereuropéenne et rendaient plus difficiles à contrôler les problèmes de fond.
Quant aux populations des puissances vaincues – l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Bulgarie –, les traités de paix respectifs leur semblaient une punition bien injuste. Leurs gouvernements, qu'ils soient démocratiques comme en Allemagne ou en Autriche, ou autoritaires, comme en Hongrie ou en Bulgarie, en vinrent vite à violer les termes militaires et financiers des accords. Les efforts pour revoir ou déjouer les provisions les plus lourdes de la paix passèrent au premier plan des politiques étrangères de ces pays, jusqu'à devenir un facteur déstabilisant au niveau international.
Une « paix dictée » ?
Pour le nouveau gouvernement démocratique allemand, le traité de Versailles n'était qu'une « paix dictée », un diktat. La clause de culpabilité de guerre, avec le paiement des réparations et les restrictions militaires imposées, représentait un prix particulièrement important aux yeux de la plupart des Allemands. Pour nombre d’entre eux, le traité semblait également contredire le tout premier principe des Quatorze points de Wilson, un appel à la transparence dans les négociations de paix et la diplomatie. Revoir le traité de Versailles fut le thème qui rendit les partis radicaux de droite si crédible auprès de l'électorat de base dans les années 1920 et au début des années 30. Parmi ceux-ci, le Parti nazi d’Adolf Hitler.
Le réarmement, la reconquête des territoires allemands, la remilitarisation de la Rhénanie, et une place retrouvée sur le devant de la scène européenne et mondiale : après une défaite et une paix si humiliantes, ces promesses renforçaient le sentiment ultranationaliste et aidaient l'électeur moyen à fermer les yeux sur les principes les plus radicaux de l'idéologie nazie.
Les réparations, accompagnées d'une période d'inflation généralisée en Europe dans les années 1920, donnèrent lieu à une hyperinflation du Reichsmark allemand en 1923. À partir de 1929 vinrent s'y ajouter les effets de la Grande Dépression, qui ébranlèrent l'économie allemande. L'épargne personnelle de la classe moyenne partait en fumée, entraînant un chômage considérable. Un tel chaos économique contribua largement à une agitation sociale croissante et à la déstabilisation d'une République de Weimar déjà fragile.
La légende du coup de poignard dans le dos
Enfin, les efforts de l'Europe de l'Ouest pour marginaliser l'Allemagne par le biais du traité de Versailles affaiblirent et isolèrent les dirigeants démocratiques allemands.
L’idée grandit auprès de la population que l'Allemagne que ce « un coup de poignard dans le dos » avait été infligé par les « criminels de novembre » – ceux qui avaient contribué à construire le nouveau gouvernement de Weimar et à négocier la paix. Beaucoup oubliaient cependant qu'ils avaient applaudi la chute de l’empereur, qu'ils avaient dans un premier temps accueilli à bras ouverts la réforme démocratique parlementaire et qu'ils s'étaient réjouis de l'armistice. Tout ce dont ils se souvenaient était que la gauche allemande – qui se résumait en général par les socialistes, les communistes et les Juifs – avait livré l'honneur allemand à une paix honteuse.
La Dolchstosslegende (légende du coup de poignard dans le dos) contribua à discréditer les cercles socialistes et libéraux allemands, les plus désireux de poursuivre l'expérience d'une démocratie fragile. Les difficultés qu'imposait l'agitation sociale et économique au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la paix qui s’ensuivit ébranlèrent les solutions démocratiques dans l'Allemagne de Weimar.
Finalement, c'est malheureusement ce que les électeurs finirent par trouver en la personne d'Hitler et en son Parti nazi.
Voir le film Vers le génocide nazi (lien externe en anglais)