A witness is sworn in at the trial of 61 former personnel and prisoners from the Mauthausen concentration camp. [LCID: 11724]

Les procès des criminels de guerre

Le droit est l'un des moyens d'obtenir justice après un génocide. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des tribunaux internationaux, nationaux et militaires ont procédé au jugement des criminels de guerre. Malheureusement, nombreux sont ceux qui ont commis des crimes au cours de la période nazie et n'ont jamais été jugés ni punis. Des procès se déroulent encore aujourd'hui, mais souvent, les auteurs ont simplement repris une vie personnelle et professionnelle normale.

Points de repère

  • 1

    Vingt-quatre responsables diplomatiques, économiques, politiques et militaires ont été jugés par le Tribunal militaire international (TMI) à Nuremberg, en Allemagne. En ce qui concerne les procès d'après-guerre, c'est le plus connu.

  • 2

    Si le TMI a jugé des hauts fonctionnaires allemands, la vaste majorité des procès criminels après 1945 ont concerné des petits responsables et des fonctionnaires de rangs inférieurs. 

  • 3

    De nombreuses nations occupées par l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale ou qui ont collaboré à la persécution des populations civiles ont aussi organisé des procès dans les années qui ont suivi le conflit.

Après un génocide, le droit est l'un des moyens d'obtenir justice. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des tribunaux internationaux et nationaux procédèrent au jugement des criminels de guerre. À partir de l'hiver 1942, les gouvernements des puissances alliées annoncèrent leur détermination de punir les criminels de guerre liés aux forces de l'Axe.

La Déclaration de Moscou d'octobre 1943, signée par les ministères aux Affaires étrangères américain, britannique et soviétique, déclarait qu'après l'armistice, les individus jugés responsables de crimes de guerre seraient extradés vers les pays où les actes avaient été commis, et jugés conformément aux lois de la nation concernée. Les « grands » criminels de guerre, dont les crimes ne pourraient être circonscrits à un lieu géographique précis, seraient passibles de peines infligées conjointement par les gouvernements alliés. Les procès des principaux responsables allemands au Tribunal militaire international (TMI) — les plus célèbres des procès d'après-guerre — se tinrent à Nuremberg, en Allemagne, devant des juges représentant les puissances alliées. 

Entre le 18 octobre 1945 et le 1eroctobre 1946, le TMI jugea 22 « grands » criminels de guerre accusés de crimes contre la paix, de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de complot en vue de commettre ces crimes. Le tribunal définissait les crimes contre l'humanité comme « l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation […] ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Douze des accusés reconnus coupables furent condamnés à mort dont le maréchal Hermann Goering, Hans Frank, Alfred Rosenberg et Julius Streicher. Le TMI prononça trois peines de prison à vie et quatre peines de prison allant de 10 à 20 ans. Trois des accusés furent acquittés. 

Procès des médecins: Le procureur américain décrit les expériences illégales Sous l'égide du TMI, les tribunaux militaires américains menèrent douze autres procès de hauts responsables allemands à Nuremberg. Ces procès sont souvent désignés collectivement par l'expression « les autres procès de Nuremberg » (Subsequent Nuremberg proceedings, les poursuites consécutives au procès de Nuremberg). Entre décembre 1946 et avril 1949, les procureurs américains jugèrent 177 personnes et obtinrent la condamnation de 97 accusés. D'importants médecins, des membres des unités mobiles d'extermination, (Einsatzgruppen), de l'administration judiciaire allemande, du ministère allemand des Affaires étrangères et du Haut Commandement militaire allemand ainsi que d'importants industriels allemands comptaient parmi les personnes jugées. 

La vaste majorité des procès pour crimes de guerre après 1945 concerna des fonctionnaires et des officiers de rang inférieur. Dans les premières années de l'après-guerre, les quatre forces alliées qui occupaient l'Allemagne (et l'Autriche) — les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Union soviétique — conduisirent des procès dans leur zone d'occupation et jugèrent de nombreux auteurs de crimes de guerre. Les premiers, notamment dans la zone américaine, concernaient souvent l'assassinat de militaires alliés qui avaient été capturés par les troupes allemandes ou de l'Axe. Par la suite, les occupants alliés élargirent leur mandat juridique pour juger les gardiens et les commandants des camps de concentration, ainsi que d'autres responsables de crimes contre les Juifs ou de persécutions contre des populations dans les zones désormais occupées par les Alliés. Nos premières connaissances du système concentrationnaire viennent pour une large part des preuves et des témoignages oculaires recueillis lors de ces procès.

Les fonctionnaires d'occupation de la zone alliée souhaitaient une dénazification de l'Allemagne et considérèrent la reconstruction du système judiciaire allemand comme une étape importante dans ce sens. La loi du Conseil de contrôle allié n° 10 de décembre 1945 autorisa les tribunaux allemands à prononcer des sentences sur les crimes commis pendant les années de guerre par des citoyens allemands contre d'autres ressortissants allemands ou contre des apatrides. Les autorités d'occupation laissèrent ainsi les crimes d'euthanasie — où les victimes et leurs bourreaux étaient majoritairement allemands — aux tout nouveaux tribunaux allemands. 

Ces procès représentèrent les premiers jugements allemands du début de l'après-guerre. Les procès contre les accusés de l'époque nazie se poursuivirent en République fédérale d'Allemagne (Allemagne de l'Ouest) et République démocratique allemande (Allemagne de l'Est) dans les décennies qui suivirent leur création en tant qu'États indépendants. À ce jour, la République fédérale (en tant qu'ex-Allemagne de l'Ouest et dans son état actuel d'Allemagne réunifiée) a mené 925 procès pour crimes nazis. Les procès allemands, et en particulier ceux qui furent tenus dans les années 60 et 70, furent souvent critiqués parce que les prévenus âgés ou qui prétendaient avoir obéi aux ordres de leurs supérieurs étaient régulièrement acquittés ou condamnés à des peines légères.

De nombreux pays qui furent occupés par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ou qui collaborèrent à la persécution des populations civiles, et particulièrement des Juifs, menèrent également des procès dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale.

La Pologne, l'ex-Tchécoslovaquie, l'Union soviétique, la Hongrie, la Roumanie et la France, entre autres, ont jugé des milliers d'accusés (collaborateurs allemands et nationaux) dans les décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. L'Union soviétique tint son premier procès, le procès de Krasnodar, contre des collaborateurs locaux en 1943, bien avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Rudolf Hoess, le commandant qui exerça ses fonctions le plus longtemps à Auschwitz, au Tribunal national suprême polonais à Varsovie. Condamné à mort, il fut emmené à Auschwitz, à côté de Cracovie, pour son exécution par pendaison en avril 1947. Le procès qui reste peut-être le plus célèbre est celui qui s'est déroulé à Cracovie en 1947. Plusieurs fonctionnaires d'Auschwitz y furent jugés et condamnés, par exemple le commandant Arthur Liebehenschel. Le plus connu des accusés fut jugé à Jérusalem : Adolf Eichmann, maître d'œuvre de la déportation des Juifs d'Europe, comparut devant un tribunal israélien en 1961. Ce procès retint l'attention du monde entier et l'on considère qu'il permit à une nouvelle génération issue de l'après-guerre de s'intéresser aux crimes de la Shoah.

Malheureusement, de nombreux criminels nazis ne furent jamais condamnés ni poursuivis. Beaucoup reprirent simplement une vie personnelle et professionnelle normale dans la société allemande. La chasse aux criminels de guerre allemands et de l'Axe se poursuit encore aujourd'hui.

 

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