<p>Une colonne de réfugiés en Union soviétique, à la suite de l’invasion allemande du territoire soviétique le 22 juin 1941. Union soviétique, entre 1941 et 1944.</p>

L'Union Soviétique et le Front de l'Est

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L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) fut fondée en novembre 1917 par le Parti bolchevique. Après une violente guerre civile en 1921, les bolcheviques (qui s'appelèrent « communistes » plus tard), d'abord dirigés par Lénine, puis, après 1923, par Joseph Staline, établirent un nouveau régime dans l'ancien Empire russe.

L'Union soviétique, comme se dénommait cette nouvelle entité politique, appelait à la révolution communiste dans le monde au nom du prolétariat international, et préconisait dans sa propagande la disparition de toutes distinctions nationales, culturelles, religieuses et économiques. Considérant que les élites ne renonceraient jamais au pouvoir de leur propre volonté, les communistes prévoyaient une révolution violente qui éliminerait les classes dominantes. À cause de cette prédiction, les sociétés bourgeoises d’Europe et d'Amérique du Nord percevaient l'Union soviétique comme une menace culturelle et économique.

Pour Hitler et les nationaux-socialistes, les territoires de l'Union soviétique représentaient une zone de peuplement de premier ordre pour l'expansion à venir de la « race » allemande. D'autre part, ils définissaient le système soviétique comme l'expression politique de l'expansion de la « race » juive. Dès la naissance du mouvement nazi en Allemagne, l'Union soviétique fut dépeinte comme un ennemi avec lequel une épreuve de force était inévitable.

Pendant les six premières années du régime, la propagande nazie attaqua durement l'Union soviétique. En privé, Hitler évoqua à plusieurs reprises un futur conflit. Toutefois, en 1939, l'Allemagne accepta une politique stratégique temporaire de coopération. Ce retournement provisoire reflétait la décision tactique d'Hitler de garantir son flanc oriental pendant que l'Allemagne détruisait la Pologne et combattait la Grande-Bretagne et la France.

LES RELATIONS GERMANO-SOVIÉTIQUES ENTRE 1939 ET 1941

Le pacte germano-soviétique, ou pacte Ribbentrop-Molotov, du nom des deux ministres des Affaires étrangères qui le négocièrent, comportait deux parties. Un accord économique, signé le 19 août 1939, stipulait que l'Allemagne échangerait des produits manufacturés contre des matières premières soviétiques. Le 23 août, L'Allemagne nazie et l'Union soviétique signèrent également un pacte de non-agression de dix ans, où chaque côté promettait de ne pas attaquer l'autre.

Le pacte germano-soviétique permit à l'Allemagne d'attaquer la Pologne le 1er septembre 1939 sans crainte d'une intervention soviétique. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France, qui avaient promis cinq mois plus tôt de protéger les frontières de la Pologne, déclarèrent la guerre à l'Allemagne. Ces événements marquent le début de la Seconde Guerre mondiale.

Le pacte de non-agression du 23 août comprenait un protocole secret qui prévoyait la division de la Pologne et du reste de l'Europe de l'Est en sphères d'intérêt soviétiques et allemandes. Conformément à ce plan, l'armée soviétique occupa et annexa la Pologne orientale à l’automne 1939. Le 30 novembre, l'Union soviétique attaquait la Finlande, déclenchant une « guerre d'hiver » de quatre mois à la suite de laquelle elle annexa les régions limitrophes du territoire finlandais, particulièrement près de Leningrad. Sous l’œil bienveillant des Allemands, l'Union soviétique prit des dispositions pour sécuriser sa propre sphère d'influence en Europe de l'Est à l'été 1940. Les Soviétiques occupèrent et annexèrent les pays baltes et s’emparèrent des provinces roumaines de Bucovine du Nord et de Bessarabie.

Après la victoire allemande sur la France en juin 1940, les diplomates du Reich travaillèrent à renforcer les liens avec l'Europe du Sud-Est. La Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie rejoignirent toutes l'Axe en novembre 1940. Au printemps 1941, Hitler informa ses nouveaux alliés de son plan d’invasion de l'Union soviétique.

L'INVASION ALLEMANDE DE L'UNION SOVIÉTIQUE

Hitler avait toujours considéré le pacte de non-agression germano-soviétique comme une manœuvre tactique et provisoire. Le 18 décembre 1940, il signait la Directive 21 (nom de code Barbarossa), le premier ordre opérationnel relatif à l'invasion de l'Union soviétique. Dès l’élaboration du plan opérationnel, les autorités allemandes militaires et de police avaient eu pour intention de mener une guerre d'annihilation contre l'État communiste et contre les Juifs qui s'y trouvaient et qu'ils voyaient comme la base raciale du pays.

Les forces allemandes envahirent l'Union soviétique le 22 juin 1941, moins de deux ans après la signature du pacte germano-soviétique. Barbarossa fut la plus grande opération militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale. Trois corps d'armée, comprenant plus de trois millions de soldats allemands, soutenus par 500 000 troupes alliées de l'Allemagne (venues de Finlande, Roumanie, Hongrie, Italie, Slovaquie et Croatie), attaquèrent l'Union soviétique sur un large front, depuis la mer Baltique au nord jusqu'à la mer Noire au sud. Pendant des mois, Staline avait refusé de tenir compte des avertissements lancés par les pouvoirs occidentaux quant aux troupes allemandes rassemblées le long de la frontière. La surprise tactique allemande fut ainsi presque complète, et les armées soviétiques furent d'abord prises de court. Des millions de soldats soviétiques se trouvèrent encerclés, coupés de leurs sources de ravitaillement et des renforts. Ils ne pouvaient que se rendre.

Au fur et à mesure que l'armée allemande avançait vers l’intérieur du territoire soviétique, les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) suivaient les troupes et menaient des opérations de meurtre de masse.

Début septembre 1941, les forces allemandes étaient arrivées aux portes de Leningrad, au nord. Elles avaient pris Smolensk dans le centre, et Dnipropetrovsk au sud. D'autres unités atteignirent les faubourgs de Moscou début décembre. Mais après des mois de campagne, l'armée allemande était épuisée. Les stratèges allemands avaient envisagé une débâcle soviétique rapide, et avaient négligé d'équiper les troupes pour la guerre d'hiver. Qui plus est, celles-ci avaient avancé si vite qu'elles avaient dépassé leurs lignes de ravitaillement. Les grandes distances à couvrir les rendaient vulnérables (Moscou est à plus de 1500 kilomètres à l'est de Berlin).

En décembre 1941, l'Union soviétique lança une contre-attaque majeure, repoussant les Allemands loin de Moscou. Il fallut des semaines pour qu'ils puissent stabiliser le front à l'est de Smolensk. À l'été 1942, l'Allemagne reprit l'offensive avec une attaque massive au sud et au sud-est en direction de la ville de Stalingrad, sur la Volga et vers les gisements de pétrole du Caucase. Lorsque les Allemands réussirent à pénétrer dans Stalingrad en septembre 1942, la domination allemande de l'Europe avait atteint son extension géographique maximale.

LE FRONT DE L'EST, 1942-1944

Jusqu'à l'automne 1942, l'armée allemande vola de victoire en victoire. L'Europe était sous sa domination, de la France à la Volga, du cercle polaire arctique en Norvège aux côtes de l'Afrique du Nord. La bataille de Stalingrad fut un tournant psychologique et militaire décisif — la fin d'une série de victoires allemandes et le début d'une longue retraite vers l'ouest, jusqu'à la reddition de l'Allemagne nazie en mai 1945.

À la mi-novembre 1942, les Soviétiques lancèrent une contre-offensive massive contre la sixième armée allemande, environ 250 000 soldats, pour conquérir Stalingrad dans un terrible combat au corps à corps. Les troupes soviétiques encerclèrent et prirent au piège les forces ennemies. Six semaines de lutte féroce suivirent, au cours desquelles les deux côtés essuyèrent de lourdes pertes. Les 91 000 soldats allemands qui avaient survécu se rendirent entre le 31 janvier et le 2 février 1943.

Après sa victoire à Stalingrad, l'armée soviétique poursuivit l'offensive. Au cours de l’année 1943, elle libéra la majorité de l'Ukraine et pratiquement toute la Russie et la Biélorussie orientale. Cet été à Koursk, en Russie, les Allemands tentèrent bien encore une attaque, mais ils furent lourdement frappés par l'armée soviétique — on considère aujourd'hui cette bataille comme un tournant militaire déterminant sur le front de l'Est. À l'été 1944, les Soviétiques lancèrent une offensive majeure, qui libéra de la domination nazie le reste de la Biélorussie et de l'Ukraine, les pays baltes et la Pologne orientale. En août 1944, les troupes soviétiques traversaient la frontière allemande en direction de la Prusse orientale. En janvier 1945, une nouvelle offensive amena les forces soviétiques sur l’Oder, en Allemagne même, à environ 160 kilomètres de Berlin.

À la mi-avril 1945, l'armée soviétique lança l'assaut final contre l'Allemagne nazie, s’emparant de Vienne le 13 et encerclant Berlin le 21. Le 25 avril, l'avant-garde soviétique retrouvait les troupes américaines à Torgau, sur l'Elbe, en Allemagne centrale, coupant de fait le pays en deux. Après plus d'une semaine de lourds combats dans les rues de Berlin, les unités soviétiques s’approchèrent du bunker du commandement central de Hitler. Le 30 avril 1945, celui-ci se suicida. Berlin se rendit aux forces soviétiques le 2 mai. Les allemands signèrent une capitulation sans condition à l'ouest le 7 mai, et à l'est le 9 mai. Ce même jour, l'armée soviétique entra à Prague, la dernière grande ville encore occupée par les troupes allemandes. Les Alliés occidentaux proclamèrent le 8 mai 1945 jour de la Victoire en Europe (le V-E Day).